Coups de cœur du rayon Littérature

française et étrangère

Une histoire des loups

par Emily Fridlund

Résumé :
Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père travaille au loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père.
Best-seller dès sa parution aux États-Unis, le premier roman d’Emily Fridlund a été acclamé par la critique.
Traduit de l’américain par Juliane Nivelt

Coup de cœur :
Entre passé et présent, nous suivons Madeline, narratrice émouvante et singulière, de ce premier roman fascinant et troublant. D’une écriture tendue et poétique, Emily Fridlund, tisse une histoire sombre dont l’étrangeté dérangeante nous accompagne pas à pas vers le dénouement tragique.
Encore un beau succès pour cette rentrée des éditions Gallmeister dans leur collection Nature Writing qui nous révèle une écrivaine de grand talent (et encore un très beau travail de traduction).

Encore vivant

par Pierre Souchon

Résumé :
Un récit autobiographique à travers lequel P. Souchon (journaliste au Monde Diplomatique, chez Fakir… ) évoque sa bipolarité. Alors qu’il vient de se marier avec une fille de la grande bourgeoisie parisienne et qu’il a trouvé un emploi de journaliste, le narrateur, victime d’une crise maniaco-dépressive, est délogé d’une statue de Jean Jaurès où il a trouvé refuge et est conduit à l’hôpital psychiatrique. Premier roman.

Coup de cœur :
L’auteur se met à nu et nous livre un premier roman coup de poing, témoignage poignant sur sa maladie psychiatrique, ce texte fort et sensible est profondément humain.
L’écriture suit les méandres de la vie et de la psyché du narrateur : étourdissante, tourmentée, syncopée, traversée de quelques moments de douceur et de poésie.
Un cri plein de courage et de révolte qui résonne jusque dans son titre !
Un premier roman remarquable et à découvrir !

L’enfant qui

par Jeanne Benameur

Résumé :
Ébranle par la disparition inexpliquée de sa mère, un enfant tente de trouver sa place et sa présence dans le monde. Son père et sa grand-mère l’accompagnent dans cette quête.

Coup de cœur :
Un texte court et dense qui tient plus du conte que du roman. La narration est singulière, saisissante, le narrateur parle à l’enfant en lui disant « tu » et dans le même temps, s’adresse au lecteur et l’accompagne.
Tissée de poésie, la voix de Jeanne Benameur est bouleversante  !
Puissant et sublime, d’une incroyable richesse… dans la lignée des Demeurées.

Handi-Gang

par Cara Zina

Résumé :
Djenna vit à Lyon avec Sam, son fils handicapé. Depuis quelque temps, elle s’inquiète pour lui. Un jour, elle décide de le suivre. Elle l’observe s’arrêter devant un groupe de jeunes invalides, avec lesquels il a décidé de se rebeller en s’en prenant aux lieux qui leur sont inaccessibles.

Coup de cœur :
Un roman plein d’une colère communicative, de frustration et d’humour (de beaucoup d’humour) .
Léger, intelligent et rythmé, un texte d’une énergie folle dont se détachent des personnages incarnés et attachants.
Un uppercut que l’on reçoit avec un grand plaisir !
Pertinent, impertinent et jubilatoire !

La nature exposée

par Erri De Luca

Résumé :
Dans un petit village, au pied de la montagne, un sculpteur aide les migrants à passer la frontière et attire ainsi l’attention des médias. Il décide alors de quitter son village et s’installe au bord de la mer. Il se fait engager par le prêtre de la commune pour restaurer la statue d’un Christ en lui retirant le cache-sexe dont l’avait affublé un clergé pudibond.

Coup de cœur :
Erri De Luca nous offre un très beau texte engagé empreint de force, d’humilité et de compassion. À la fois réflexion sur le sacré et le profane, célébration de l’art et de la sensualité, ce roman est profondément humaniste, délicat et lumineux.
Peut-être son meilleur roman ?

Americanah

par Chimamanda Ngozi Adichie

Résumé :
Ifemelu et Obinze, lycéens issus de milieux favorisés, tombent amoureux l’un de l’autre. Leur pays, le Nigeria, est sous le joug d’une dictature militaire et ils rêvent de partir en Amérique. Leur expérience de l’exil se révèle plus compliquée que prévu : Ifemelu découvre le racisme de l’Amérique, tandis qu’Obinze vit un cauchemar en Angleterre. Quinze ans plus tard, ils se retrouvent au Nigeria.
Traduit de l’anglais (Nigeria) par Anne Damour.

Coup de cœur :
Un roman dense, fouillé, captivant, drôle, engagé… tout à la fois histoire d’amour impossible, roman d’aventure et satire sociale. Avec un talent de narration extraordinaire, l’auteur dresse une galerie de personnages attachants et généreux.
Un ton vif et irrévérencieux pour un régal de lecture : Magistral !

Le grand jeu

par Céline Minard

Résumé :
Une femme décide de s’isoler dans un refuge accroché à la paroi d’un massif montagneux. Elle s’impose la solitude, ainsi qu’un entraînement physique et spirituel intense. Elle cherche, dans cette mise à l’épreuve, à savoir comment vivre. Mais sa rencontre inattendue avec une ermite bouleverse ses plans.

Coup de cœur :
Comme toujours avec Céline Minard, le lecteur est surpris et ébloui. Elle déploie sa belle plume et nous entraîne à la suite de sa narratrice pour une promenade méditative doublée d’une magnifique leçon de philosophie. La description appliquée de cet ermitage, servie par un sens du détail exacerbé, donne au texte une belle portée spirituelle.
Un roman d’une originalité et d’une force surprenante !

Un paquebot dans les arbres

par Valentine Goby

Résumé :
Au milieu des années 1950, le couple de tenanciers du café de La Roche-Guyon est contraint d’aller se faire soigner au sanatorium d’Aincourt. Leurs deux enfants se retrouvent dans la misère. Mathilde, l’aînée, refuse de perdre les piliers de la famille et se bat pour qu’ils reviennent et pour préserver leur dignité.

Coup de cœur :
Un roman intense, rude, tragique et lumineux. Le style de Valentine Goby, sensible et vibrant est à la hauteur de ses personnages plus vrais que nature. L’époque est parfaitement décrite et documentée et son héroïne libre et volontaire est merveilleusement incarnée.
Une voix d’une sensibilité infinie pour un roman précieux !

Faillir être flingué

par Céline Minard

Résumé :
Eau-qui-court-sur-la-plaine est une jeune Indienne qui propose ses dons de guérisseuse aux Blancs et aux Indiens. Les frères McPherson, qui traversent les plaines avec leur vieille mère mourante dans un chariot, Xiao Niù, qui comprend le chant du coyote… Les personnages qu’elle rencontre dressent une fresque sauvage de l’Ouest américain et de ses mythes. Prix Livre Inter 2014.

Coup de cœur :
Dès les premières lignes, nous y sommes ! Des cowboys, des indiens, des filles de saloons, des voleurs de chevaux…
De sa plume délicate et de son humour léger, Céline Minard réinvente le Grand Ouest américain. Un western des origines, original et criant de réalisme qui nous rappelle que les premiers cowboys étaient des déracinés, jetés sur les routes, en quête d’une vie meilleure.
Ce texte, animé d’un grand souffle romanesque, nous embarque dans un grand voyage à la rencontre de personnages incarnés et émouvants.
Un roman sublime et magistral !

La disparition de Jim Sullivan

par Tanguy Viel

Résumé :
Présentée par son auteur comme un roman américain, cette fiction met en scène le personnage de Dwayne Koster, professeur d’université âgé de 50 ans divorcé de Susan, dont il déteste le nouvel amant. L’action se déroule à Detroit, Michigan, au volant d’une vieille Dodge, sur les rives des Grands Lacs.

Coup de cœur :
Le narrateur, sorte de double fictionnel de l’auteur et lui même écrivain (français), se donne pour mission d’écrire un « roman américain ». Ou plus succinctement : c’est l’histoire d’un auteur qui écrit son « roman américain » (c’est ainsi que je pourrais résumé au mieux ce roman O.V.N.I.)
Tanguy Viel joue avec les clichés de la littérature américaine et installe une distanciation, explose le quatrième mur et nous offre une expérience littéraire magistrale.
Une mise en abîme maîtrisée à la perfection !
D’abord on rit, on s’amuse, complices, dans une connivence intellectuelle avec l’auteur et puis on est happé par l’histoire qui se déploie enfin.
Un roman court et jubilatoire à découvrir.

Je me permets de reporter ici la très belle critique que Norbert Czarny en a fait dans la Quinzaine littéraire :
« La jubilation qui naît de ce roman, le sourire qui ne nous quitte jamais tient entre autres à ce qu’on se laisse mener par un narrateur qui joue avec le conditionnel, le futur ou le passé […]. Des ellipses feront deviner, ou bien des fins de chapitre qui ménagent le suspense, comme il convient dans toute fiction américaine, qu’elle soit écrite ou filmée. L’art de Tanguy Viel repose sur sa passion du cinéma. […] Cinématographique jusque dans le développement de la phrase. Elle tourne, elle ressasse, elle emprunte à l’oral, elle joue du retardement, laissant exploser le mot final, celui qu’on attendait avec l’impatience de l’enfant qui écoute un conteur, à la fois inquiet et joyeux. »