Tous les articles par Karine

Le K ne se prononce pas

par Souvankham Thammavongsa

Recueil de nouvelles. Une fillette à l’école prononce obstinément le k muet du mot knife. Un ancien boxeur se convertit en pédicure. Une femme rêve de téléromans en plumant des poulets. Un père emballe des meubles destinés à des maisons qu’il n’habitera jamais. Le K ne se prononce pas accueille les utopies, échecs, amours et petits actes de résistance de personnages qui tentent de trouver leurs repères en Amérique, loin de chez eux. Leur point commun est leur pays d’origine, le Laos.
On y croise des enfants bienveillants, des hommes blessés et des femmes fébriles. Ils désirent vivre. Et dans ces récits, ils vivent brillamment. Férocement.

Née dans un camp de réfugiés laotiens  en Thaïlande, et élevée à Toronto, Souvankham Thammavongsa a été saluée par la critique pour ses quatre livres de poésie et a gagné le prix Giller pour ces nouvelles.

Coup de cœur : l’art exigeant de la nouvelle est ici magnifiquement maîtrisé par cette jeune autrice. Attachants et incarnés sont les personnages et chaque histoire tient en équilibre sur elle-même, dans une ronde narrative parfaite, comme toute bonne nouvelle. Chapeau bas !

L’anarchiste qui s’appelait comme moi

par Pablo Martin Sanchez

Un jour de désœuvrement, Pablo Martín Sánchez tape son nom dans un moteur de recherche. Par le plus grand des hasards, il se découvre un homonyme au passé héroïque : un anarchiste, condamné à mort en 1924. Férocement intrigué, il se pique au jeu de l’investigation et cherche à savoir qui était… Pablo Martín Sánchez le révolutionnaire. Happé, l’auteur se fond dans cette destinée tourbillonnante et picaresque, alternant le récit d’une épopée révolutionnaire dans le Paris des années 1920 où les faubourgs de Belleville abritent d’ardents imprimeurs typographes, et celui d’une jeunesse aventureuse en Espagne jusqu’à les faire converger en un dénouement… tragique.

Coup de cœur : quel grand livre ! Toutes les qualités d’une histoire riche en personnages et en rebondissements, ancrée dans l’histoire, documentée en laissant la part belle à la fiction. Il faut un talent de conteur hors pair pour nous tenir en haleine tout au long d’un récit de cette ampleur. Que vous soyez anarchiste, révolutionnaire, typographe, instituteur, espagnol, amateur d’histoires d’amour ou simple lecteur (énumération non exhaustive !) vous serez comblé par ce livre. Dans un style clair et précis, plein d’humanité, l’auteur à mon sens fait la synthèse entre Alexandre Dumas et Leonardo Padura ! Brillant !

La déesse et le marchand

par Amitav Ghosh

A la demande d’une connaissance, Deen accepte sans enthousiasme de s’intéresser à un personnage folklorique méconnu et de visiter un temple perdu dans une mangrove indienne. Lui qui a plutôt le profil du rat de bibliothèque s’improvise alors baroudeur, loin d’imaginer que cette excursion n’est que le début d’une folle équipée. Lancé sur les traces de cette légende, il voit sa vie bouleversée par d’effarantes péripéties et d’étranges coïncidences.
Au point qu’il se met à douter – de lui-même, et de sa lecture du monde.

Coup de cœur : quel plaisir une fois de plus de suivre un conteur tel que Amitav Gosh. Les tribulations de son héros ne sont pas que des aventures. Matière à réflexion, questionnements intimes, part du hasard et du fantastique, destinée et errements humains . C’est toujours une balade instructive et enchanteresse, en des contrées lointaines. Tout quitter et s’embarquer avec la déesse et le marchand.

Retour à Martha’s Vineyard

par Richard Russo

Été 1971 : Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac de la côte Est, diplôme en poche, passent un dernier week-end ensemble à Martha’s Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, la quatrième mousquetaire, l’amie dont ils sont tous les trois fous amoureux.
Septembre 2015. Lincoln s’apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l’île. A bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le « beau gosse » devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d’angoisse, et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley.
Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après leur week-end de 1971. Qu’est-il advenu d’elle ? Qui était-elle réellement ? Lequel d’entre eux avait sa préférence ? Les trois sexagénaires rouvrent l’enquête qui n’avait pas abouti et ne peuvent s’empêcher de se demander si tout n’était pas joué d’avance.

Coup de cœur : j’adore retrouver Richard Russo et je ne suis jamais déçue. Sa prose limpide, ses personnages attachants, un peu paumés et pleins d’autodérision, sa nostalgie à peine teintée d’ironie. Et quel humour ! À la croisée de John Irving et de Jean-Paul Dubois. Comme ce dernier il a le don de décrire des moment tristes avec une élégance et un humour irrésistibles.

Les Oscillants

par Claudio Morandini

Amateurs d’étrange et d’ombres je vous invite à découvrir ce livre. Inclassable, mystérieux, un univers unique, il vous baladera dans ce village de montagne encaissé, tellement encaissé qu’il ne voit jamais la lumière. Ses habitants cachent bien des choses …

La femme et l’oiseau

par Isabelle Sorente

 » Il n’y a pas d’anciens Malgré-nous. C’est le premier secret. Ceux qui en sont le sont pour toujours ». Lorsque sa fille, Vina, est exclue du lycée pour avoir menacé un camarade, Elisabeth décide de se réfugier avec elle en Alsace chez son grand-oncle. Très vite, la jeune fille est fascinée par cet homme mystérieux, qui communique avec les oiseaux et semble lire les pensées. Ces dons, Thomas les a acquis pendant la guerre.
Quand il lui a fallu survivre, enrôlé de force à dix-sept ans dans l’armée allemande, puis emprisonné au camp de Tambov. Entre l’adolescente qui n’aurait jamais dû naître et le vieil homme se tisse bientôt un lien bouleversant. Un grand roman envoûtant sur les Malgré-nous du passé et ceux du présent, pris au piège de combats qu’ils n’ont pas choisis, héritiers de la violence et d’un lien mystique à la nature.
« Admirable d’équilibre et de beauté ». Livres Hebdo

L’ordre du jour

par Eric Vuillard

L’Allemagne nazie a sa légende. On y voit une armée rapide, moderne, dont le triomphe parait inexorable. Mais si au fondement de ses premiers exploits se découvraient plutôt des marchandages, de vulgaires combinaisons d’intérêts ? Et si les glorieuses images de la Wehrmacht entrant triomphalement en Autriche dissimulaient un immense embouteillage de panzers ? Une simple panne ! Une démonstration magistrale et grinçante des coulisses de l’Anschluss par l’auteur de Tristesse de la terre et de 14 Juillet qui lui a valu le prix Goncourt 2017.

Et pourtant ils existent

par Thierry Froger

Entre l’assassinat de Jaurès et la guerre d’Espagne, entre la grande Histoire et les vies minuscules, comment s’écrit et se détricote la légende des héros ambigus. « Et pourtant ils existent » reconstruit patiemment et non sans malice les exploits questionnables de Florentin Bordes, soldat têtu de la liberté, totem de sa propre famille, au coeur d’un tourbillon romanesque où les voix se répondent, se poursuivent, se contredisent pour démêler équivoques du réel, vérités improbables et infaillibles hypothèses de la fiction.
Thierry Froger signe un roman fête foraine dont chaque attraction serait un point de bascule du XXe siècle. Grisant.

Plasmas

par Céline Minard

Dans ces nouvelles Céline Minard nous plonge dans un univers renversant, où les espèces et les genres s’enchevêtrent, le réel et le virtuel communiquent par des fils ténus et invisibles. Qu’elle décrive les mesures sensorielles effectuées sur des acrobates dans un monde posthumain, la conservation de la mémoire de la Terre après son extinction, la chute d’un parallélépipède d’aluminium tombé des étoiles et du futur à travers un couloir du temps, ou bien encore la création accidentelle d’un monstre génétique dans une écurie de chevaux sibérienne.

Coup de cœur : amateurs de nouvelles venez à cet ouvrage ! Dans une langue riche, dense, un style flamboyant, Céline Minard imagine un après à notre civilisation. Diverses facettes sont envisagées et les récits, qui n’ont pas de rapport entre eux, cheminent du plus proche de nous au plus loin, du plus vraisemblable au plus SF. Fascinant !

Climax

par Thomas B. Reverdy

C’est une sorte de village de pêcheurs aux maisons d’un étage, niché au creux d’un bras de mer qui s’enfonce comme une langue, à l’extrême nord de la Norvège. C’est là que tout a commencé : l’accident sur la plateforme pétrolière, de l’autre côté du chenal, la fissure qui menace dangereusement le glacier et ces poissons qu’on a retrouvés morts. Et si tout était lié ? C’est en tant qu’ingénieur géologue que Noah, enfant du pays, va revenir en mission et retrouver Anå, son amour de jeunesse, ainsi que les anciens amis qu’il avait initiés aux jeux de rôle.
Il était alors Sigurd, du nom justement de cette maudite plateforme.