Coups de cœur du rayon Littérature

française et étrangère

Les filles bleues de l’été

par Mikella Nicol

Résumé :
Deux jeunes filles, Chloé et Clara, se réfugient dans la maison de leur enfance, au large de la ville. Elles ont un été, un seul, pour se reconstruire et se retrouver loin d’une civilisation qui les étouffe. Rendues à l’innocence d’un monde, sans règles et sans limites, elles vont guérir leurs blessures à coups de forêt, de lac, de feuilles, de feu, d’étoiles. Une amitié démesurée, fusionnelle, comme il ne peut en exister à l’âge adulte.
Dans une écriture gorgée de sève et de sensibilité, Mikella Nicol ravive les sentiments extrêmes de la jeunesse qui regrette l’absolu de l’adolescence. Du vertige du désir à celui de l’abandon, elle approfondit les moments les plus douloureux du passage à l’âge adulte.

Coup de cœur :
Un roman cours, vif et profond, hymne à la féminité et à l’innocence de la jeunesse. Un cri de détresse lancé par deux héroïnes meurtries et inoubliables l’une amoureuse écorchée et l’autre éreintée d’angoisses. Poétique et bouleversant.

Ce genre de petites choses

par Claire Keegan

En cette fin de 1985, Bill Furlong, le marchand de bois et charbon, a fort à faire. Parmi ses commandes, une livraison pour le couvent voisin. Le bruit court que les sœurs y exploitent à des travaux de blanchisserie des filles non mariées et qu’elles gagnent de l’argent en plaçant à l’étranger leurs enfants illégitimes. L’épouse de Bill, Eileen, est d’avis que de telles choses ne les concernent pas.
Un avis qu’il a bien du mal à suivre par ce froid matin de décembre, lorsqu’il reconnaît, dans la forme recroquevillée et grelottante au fond de la réserve à charbon, une très jeune femme qui y a probablement passé la nuit. Tandis que, dans son foyer et partout en ville, on s’active autour de la crèche et de la chorale, cet homme tranquille et généreux n’écoute que son coeur. Claire Keegan, avec une intensité et une finesse qui donnent tout son prix à la limpide beauté de ce récit, dessine le portrait d’un héros ordinaire, un de ces êtres par nature conduits à prodiguer les bienfaits qu’ils ont reçus.

Coup de cœur : Une histoire toute en grâce et délicatesse, qui aborde le drame des couvents des Magdalene Sisters.

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent

par Maria Larrea

Tout commence en Espagne. En juin 1943, une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un garçon qu’elle confie aux jésuites. Plus tard, en Galice, une femme accouche d’une fille qu’elle abandonne aux soeurs d’un couvent. Les deux orphelins connaissent la misère et Franco mais se rencontrent, se marient, partent à Paris. La Galicienne devient femme de ménage, le Basque gardien du théâtre de la Michodière.
Ils auront un enfant, Maria. C’est notre narratrice. A vingt-sept ans, celle-ci croyait s’être arrachée à ses origines : la loge de ses parents, la violence de Julian et les silences de Victoria. Mais un tirage de tarot va renverser son existence et l’obliger à replonger dans le passé des siens. Pour comprendre de qui elle est la fille, elle devra enquêter et revenir là où tout a débuté, à Bilbao, où naissent les secrets.
Etourdissant de style, d’énergie et de vie, ce premier roman mené tambour battant nous embarque instantanément. Avec maestria, Maria Larrea y recompose pièce à pièce le visage de sa famille et le puzzle de sa mémoire. On court et rit et pleure ensemble. Une écrivaine est née.

La petite menteuse

par Pascale Robert-Diard

 » Je veux être défendue par une femme « , a dit Lisa en se présentant à Alice Keridreux. Un face-à-face commence. Ni l’une, ni l’autre ne savent jusqu’où il va les mener.

Coup de cœur : Pascale Robert-Diard connait parfaitement les arcanes d’un prétoire et restitue avec beaucoup de talent cette histoire. Ce n’est pas un fait divers, c’est l’histoire d’une jeune fille de son époque, une femme en devenir.

Tenir sa langue

par Polina Panassenko

« Ce que je veux moi, c’est porter le prénom que j’ai reçu à la naissance. Sans le cacher, sans le maquiller, sans le modifier. Sans en avoir peur ». Elle est née Polina, en France elle devient Pauline. Quelques lettres et tout change. A son arrivée, enfant, à Saint-Etienne, au lendemain de la chute de l’URSS, elle se dédouble : Polina à la maison, Pauline à l’école. Vingt ans plus tard, elle vit à Montreuil.
Elle a rendez-vous au tribunal de Bobigny pour tenter de récupérer son prénom. Ce premier roman est construit autour d’une vie entre deux langues et deux pays. D’un côté, la Russie de l’enfance, celle de la datcha, de l’appartement communautaire où les générations se mélangent, celle des grands-parents inoubliables et de Tiotia Nina. De l’autre, la France, celle de la materneltchik, des mots qu’il faut conquérir et des Minikeums.
Drôle, tendre, frondeur, Tenir sa langue révèle une voix hors du commun.

Le Château des trompe-l’oeil

par Christophe Bigot

Résumé :
1837, baie du Mont Saint-Michel. Le jeune Baptiste Rivière est convoqué au château d’Escreuil pour s’y faire dicter les dernières volontés de la propriétaire des lieux. Mais à son arrivée, le personnel se ligue pour lui interdire l’accès à sa chambre : Langlois, diabolique intendant du domaine, le vieux Simon, qui semble plus qu’un ordinaire jardinier, et même Séverine, la femme de chambre dont Baptiste cherche pourtant à se faire une alliée.
Pourquoi la baronne d’Escreuil se cache-t-elle ? Qui est vraiment cette ancienne comédienne, veuve d’un aristocrate guillotiné sous la Terreur ? Bravant les mises en garde, Baptiste s’aventure dans les plus sombres recoins du domaine. Mais les apparences sont trompeuses, et en cherchant la baronne, c’est sa propre vérité que Baptiste va devoir affronter.
Christophe Bigot est professeur de lettres et écrivain. Son premier roman L’Archange et le procureur, paru chez Gallimard, a reçu cinq récompenses dont le Prix Mottart de l’Académie française. Ses romans explorent sa passion pour la révolution française et le XIXe siècle.

Coup de cœur :
Jouant sur les codes du conte gothique, du roman historique et du récit d’apprentissage pour mieux les subvertir, Le Château des trompe-l’œil offre une plongée vertigineuse et haletante dans les gouffres du passé et de l’âme humaine. Un roman d’ambiance, à dévorer au coin du feu !

Le lâche

par Jarred McGinnis

Un accident de voiture, un jeune homme reste paralysé et un père retrouve son fils. Dix ans après s’être enfui de sa maison, l’adolescent qui fuguait sur les trains de marchandises et qui traversait le pays en stop est maintenant en fauteuil roulant. Son père, aussi aimant qu’écorché, est la seule personne qui viendra sans hésiter le chercher à l’hôpital. Le Lâche est un premier roman poignant, touchant et plein d’humour sur les retrouvailles impossibles, les reconstructions d’un corps, d’une relation, d’une vie, d’une mémoire, et sur la possibilité de redécouvrir le bonheur quand tout semble perdu.
Ce livre décapant, qui explore avec puissance et humour le pardon et le regard d’autrui sur la différence, signe la naissance d’un grand auteur capable de faire cohabiter la brutalité avec la lumière, le rire et la tendresse avec les souvenirs explosifs, le café filtre et les donuts avec l’ivresse de l’aventure.

Attaquer la terre et le soleil

par Mathieu Belezi

Mathieu Belezi livre avec Attaquer la terre et le soleil un roman magistral, qui incarne la folie et l’enfer que fut la colonisation de l’Algérie au 19e siècle. On suit deux personnages : une femme, colon donc, venue de France avec toute sa famille pour travailler la terre d’Algérie et un jeune soldat. Ils sont bousculés par les paysages, la dureté du climat,  les autochtones. En un bref roman, c’est toute l’expérience d’un écrivain qui subitement se cristallise et bouleverse, une voix hantée par Faulkner.
Coup de cœur : la musicalité de l’écriture frappe dès les premières lignes. On est directement dans la tête et le cœur des personnages, dans leur langage intime, tout en conservant une qualité d’écriture  remarquable. Incandescent !

Comedian Rhapsodie

par Thomas VDB

Avant d’être acteur, Thomas VDB a été journaliste dans la presse musicale et, par un concours de circonstances, a été promu à 25 ans rédacteur en chef d’un magazine de rock. Concrétisant un rêve d’adolescent, sa passion pour la musique s’effritait pourtant au fur et à mesure que ses responsabilités augmentaient. C’est cette quête de sens qu’il raconte ici, dans un récit qui nous replonge dans les années 1980 et 1990, au temps où les compilations étaient des cassettes qu’on concoctait avec patience et application.
Thomas VDB est comédien et humoriste. Il est féru de musique et de vêtements bariolés. Comedian rhapsodie est son premier récit.

L’île des larmes

par Laurence Hubert-Souillot

L’histoire de Baptiste, jeune paysan ariégeois qui, pour échapper à la misère et à son village, mais aussi pour vivre son rêve, devient montreur d’ours. Un long périple va le mener à New-York où, toujours en compagnie de Martin l’ours, il vivra aux côtés d’autres émigrants comme lui et deviendra un homme.

« Sa fourrure humide et luisante accroche des fragments de sel et de lumière. Tout d’un coup, il s’arrête et s’applaudit. De ses petits yeux de myope, il quête sur le visage de son maître un signe de contentement. Baptiste jurerait qu’il l’a vu sourire. «