Entre fauves

par Colin Niel

Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique.
Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

Colin Niel quitte la Guyane pour les Pyrénées et la Namibie. Il met tout son talent au service d’une histoire passionnante dont on sent qu’elle le touche. Chasseurs, tartufes de l’écologie, tout le monde en prend pour son grade dans un récit haletant et engagé.

Black Manoo

par Gauz

Black Manoo débarque de son Abidjan natal à Paris. Ses papiers sont « provisoirement en règle ». Il se retrouve sans le sou, ni justificatif de sa présence en France, dans le quartier de Belleville mais croise la main salvatrice de son ancien dealer, le premier personnage qu’il rencontre d’une population haut en couleur qui peuple ce quartier. A travers les yeux de Black Manoo on vibre au rythme des tracas, des travers, des victoires et des joies de ses habitants. Ce livre est une ode à la vie, aux liens qui se tissent et qui lui donnent du sens. Des surprises et des trouvailles à chaque page accompagnent son périple.
Ce polaroid Bellevillois est mis en valeur par l’écriture truculente et inventive de Gauz. Colorer les phrases, essorer les les mots pour extirper les sens cachés, allier l’humour et la tendresse, c’est un vrai plaisir de lecture, que l’on retrouve encore plus fort après ses précédents romans « Debout payé » et « Camarade papa ».

Et puis la photo de couverture est magnifique ! Elle est de l’artiste Aïda Muluneh.

La neuvième maison

par Leigh Bardugo

Résumé :
L’incursion envoûtante de Leigh Bardugo dans le fantastique adulte. Une histoire de pouvoir, de privilèges, de magie noire et de meurtre au coeur des sociétés secrètes de l’université Yale. Alex « Galaxy » Stern a vécu une adolescence chaotique. Elevée à Los Angeles par une mère hippie, elle a abandonné l’école très jeune pour se retrouver dans un monde sombre, violent et sans avenir. A 20 ans, elle est la seule survivante d’un horrible massacre inexpliqué, et c’est sur son lit d’hôpital qu’elle se voit offrir une seconde chance : rejoindre la prestigieuse université Yale en intégrant la maison Léthé.
Cette entité, appelée La Neuvième Maison, surveille les huit sociétés secrètes de Yale ; ces dernières forment les futurs décideurs ainsi que les personnes influentes et pratiquent la magie sous différentes formes, bien souvent sinistres et dangereuses. Alex a été choisie, car elle possède un pouvoir rare et mystérieux : elle peut voir les fantômes. Alors que son mentor a disparu, elle va devoir enquêter sur le meurtre d’une jeune fille.
Ce qu’elle va découvrir va bien au-delà de l’horreur… Elu meilleur roman fantastique aux Goodreads Choice Awards 2019, devant Erin Morgenstern, George R. R. Martin et Samantha Shannon. (Prix attribué tous les ans par les lecteurs).

Coup de cœur :
Magie noire, sociétés secrètes et meurtres composent ce thriller fantasy haletant. Leigh Bardugo nous plonge au cœur d’une ville hantée par des esprits et de sombres secrets.
Bienvenu à Yale ! Mais prenez garde… Vous risquez de ne pas en revenir.

Rien pour demain

par Bruno Remaury

Résumé :
Rien pour demain, rien pour hier, tout pour aujourd’hui disaient les dadaïstes, devise qui est à l’image même de notre rapport moderne au temps, celui que la culture a édifié au long des bouleversements du monde, guerres, révolutions industrielles et sociales, découvertes et inventions. Ce texte, qui mêle fiction et faits réels, dessine en la suggérant l’évolution de la manière dont nous pensons le cours des choses au travers de récits articulés les uns aux autres, où se croisent l’astronome John Herschel, une vendeuse de nouveautés, une grève chez Renault, un poète mort dans les tranchées, le Capitaine Crochet, une New-yorkaise des années 50, la dernière Impératrice de Chine, l’histoire de la photographie, Marinetti ou Claude Monet.
Un parcours qui va des cycles toujours recommencés du monde, giration des astres, ronde de la vie humaine, à une vision unidirectionnelle dont l’accélération constante nous a mené au visage du temps que nous connaissons aujourd’hui, celui d’un jour permanent de l’événement et d’une suprématie inédite de l’instant.

Coup de cœur :
Roman, essai, chronique, récit, fragments et chœurs de vies réelles et fictives, qui forment un texte riche et généreux, à la phrase ciselée et au rythme parfait.
Après « Le monde horizontal », son premier roman (lisez le aussi, croyez moi sur parole), Bruno Remaury persiste et s’obstine à être brillant, génial et incroyablement talentueux.
Ouvrez, lisez, découvrez la merveille et voyez comme c’est beau !
Un vrai travail d’orfèvre !

Premières neiges sur Pondichéry

par Hubert Haddad

Hubert Haddad nous conte le périple en Inde d’un musicien Juif de Jérusalem. Un texte érudit, dans une langue somptueuse, pour une balade inoubliable et surprenante.

Retour à Martha’s Vineyard

par Richard Russo

Été 1971 : Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac de la côte Est, diplôme en poche, passent un dernier week-end ensemble à Martha’s Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, la quatrième mousquetaire, l’amie dont ils sont tous les trois fous amoureux.
Septembre 2015. Lincoln s’apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l’île. A bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le « beau gosse » devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d’angoisse, et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley.
Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après leur week-end de 1971. Qu’est-il advenu d’elle ? Qui était-elle réellement ? Lequel d’entre eux avait sa préférence ? Les trois sexagénaires rouvrent l’enquête qui n’avait pas abouti et ne peuvent s’empêcher de se demander si tout n’était pas joué d’avance.

Coup de cœur : j’adore retrouver Richard Russo et je ne suis jamais déçue. Sa prose limpide, ses personnages attachants, un peu paumés et pleins d’autodérision, sa nostalgie à peine teintée d’ironie. Et quel humour ! À la croisée de John Irving et de Jean-Paul Dubois. Comme ce dernier il a le don de décrire des moment tristes avec une élégance et un humour irrésistibles.

La République du bonheur

par Ito Ogawa

Résumé :
La vie est douce à Kamakura. Amis et clients se pressent dans la petite papeterie où Hatoko exerce ses talents d’écrivain public. Tendres, drôles ou tragiques, les destins se croisent sous son pinceau. Hatoko s’est mariée et découvre, en compagnie de Mitsurô et de sa petite fille, les joies d’être mère au sein de leur famille recomposée : elle enseigne à l’enfant l’art de la calligraphie comme le faisait sa grand-mère et partage avec elle ses recettes des boulettes à l’armoise ou du thé vert fait maison.
Mais si Hatoko excelle dans l’art difficile d’écrire pour les autres, le moment viendra pour elle d’écrire ce qui brille au fond de son coeur. Après La Papeterie Tsubaki se dévoile une fois de plus tout le talent d’Ogawa Ito pour nous révéler les sources invisibles du bonheur.

Coup de cœur :
Hymne à l’amour, à la famille et aux traditions, La République du bonheur est un écrin de douceur conjuguant moments de vie et personnages haut en couleurs. Ogawa Ito dépeint avec brio l’extrême pudeur des japonais face à leurs émotions. Un roman criant de justesse et de poésie.

Un jour ce sera vide

par Hugo Lindenberg

Résumé :
C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces. Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : Baptiste a des parents parfaits, habite dans une maison parfaite.
Sa famille est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui. Flanqué d’une grand-mère à l’accent prononcé, et d’une tante « monstrueuse », notre narrateur rêve, imagine, se raconte des histoires, tente de surpasser la honte sociale et familiale qui le saisit face à son nouvel ami. Il entre dans une zone trouble où le sentiment d’appartenance est ambigu : vers où va, finalement, sa loyauté ? Écrit dans une langue ciselée et très sensible, Un jour ce sera vide est un roman fait de silences et de scènes lumineuses qu’on quitte avec la mélancolie des fins de vacances. Hugo Lindenberg y explore les sentiments, bons comme mauvais, qui traversent toute famille, et le poids des traumatismes de l’Histoire.

Coup de cœur :
L’été, la plage, l’intensité de l’enfance, sous une plume d’une délicatesse et d’une justesse rare.
Un très beau premier roman sensible, organique et singulier.

Histoire du fils

par Marie-Hélène Lafon

Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.

Tout le talent de Marie-Hélène Lafon pour transcender une belle histoire « toute simple ». Conteuse hors pair, elle excelle à décrire les êtres et les lieux, ce qui caché aussi. On s’accroche à ses mots, un régal de lecture.

Tenir jusqu’à l’aube

par Carole Fives

Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. A quelques mètres de l’appartement d’abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d’un semblant de légèreté.
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore ?

Coup de cœur :
Avec une grande justesse et beaucoup de sensibilité, Carole Fives nous raconte un huis clos familial, âpre et fragile. Sans emphase, son écriture affûtée installe une tension maîtrisée, tire sur la corde et tisse un beau roman social et féministe.
Une autrice à découvrir.