Entre fauves

par Colin Niel

Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique.
Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

Coup de cœur : Colin Niel quitte la Guyane pour les Pyrénées et la Namibie. Il met tout son talent au service d’une histoire passionnante dont on sent qu’elle le touche. Chasseurs, tartuffes de l’écologie, tout le monde en prend pour son grade dans un récit haletant et engagé.

Un jour ce sera vide

par Hugo Lindenberg

Résumé :
C’est un été en Normandie. Le narrateur est encore dans cet état de l’enfance où tout se vit intensément, où l’on ne sait pas très bien qui l’on est, où une invasion de fourmis équivaut à la déclaration d’une guerre qu’il faudra mener de toutes ses forces. Un jour, il rencontre un autre garçon sur la plage, Baptiste. Se noue entre eux une amitié d’autant plus forte qu’elle se fonde sur un déséquilibre : Baptiste a des parents parfaits, habite dans une maison parfaite.
Sa famille est l’image d’un bonheur que le narrateur cherche partout, mais qui se refuse à lui. Flanqué d’une grand-mère à l’accent prononcé, et d’une tante « monstrueuse », notre narrateur rêve, imagine, se raconte des histoires, tente de surpasser la honte sociale et familiale qui le saisit face à son nouvel ami. Il entre dans une zone trouble où le sentiment d’appartenance est ambigu : vers où va, finalement, sa loyauté ? Écrit dans une langue ciselée et très sensible, Un jour ce sera vide est un roman fait de silences et de scènes lumineuses qu’on quitte avec la mélancolie des fins de vacances. Hugo Lindenberg y explore les sentiments, bons comme mauvais, qui traversent toute famille, et le poids des traumatismes de l’Histoire.

Coup de cœur :
L’été, la plage, l’intensité de l’enfance, sous une plume d’une délicatesse et d’une justesse rare.
Un très beau premier roman sensible, organique et singulier.

Le grand monde

par Pierre Lemaitre

Le Grand Monde, le nouveau roman de Pierre Lemaitre. Après sa remarquable fresque de l’entre-deux-guerres, il nous propose aujourd’hui une plongée mouvementée et jubilatoire dans les Trente Glorieuses.

Entre Beyrouth, Paris et l’Indochine (partie la plus intéressante à mon goût), ses personnages vivent et éprouvent l’histoire. Malmenés, mais pas irréprochables, on peut faire confiance à Pierre Lemaitre pour nous raconter avec brio et gourmandise leurs tribulations. Le soin de la reconstitution historique est à la hauteur de son talent de conteur. Dumas et Hugo ne sont jamais loin et c’est toujours un grand plaisir de lecture.

La fille de la mer – Album

par Molly Knox Ostertag

Résumé :
Un roman graphique sur la famille, les sentiments et le premier amour.
Morgan, 15 ans, cache un secret : elle a hâte de quitter la parfaite petite île où elle vit. Elle est impatiente de terminer le lycée et de quitter sa mère, son petit frère lunatique, et plus que tout, son super groupe d’amies… qui ne la comprennent pas du tout.
Morgan a beaucoup de secrets mais préfère fuir que se livrer. Une nuit, elle est sauvé de la noyade par Keltie, une mystérieuse fille. Elles deviennent amies et soudainement, la vie sur l’île ne semble plus aussi étouffante. Mais Keltie possède aussi ses secrets. Les filles commencent à s’attacher l’une à l’autre, et ce que chacune essaie de cacher va finir par se dévoiler… que Morgan y soit préparée ou non.

Coup de cœur:
Un très joli roman graphique pour ados qui mêle habilement réel et fantastique. Le quotidien presque banal d’une jeune fille en quête d’identité rencontre la féerie et les créatures mythologiques.
À découvrir dès 12 ans.

Avec la permission de Gandhi

par Abir Mukherjee

Décembre 1921, le Raj tremble. Un certain Gandhi prône la désobéissance civile et des foules de manifestants pacifiques mais déterminés s’apprêtent à envahir les rues de Calcutta. Comment éviter que l’élégant prince de Galles, en visite officielle, ne soit témoin de la révolte qui gronde ? C’est à cette situation inédite que la police impériale est appelée à se mesurer alors que dans la région des meurtres inexplicables se multiplient.
Le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee n’ont pas peur de se battre sur plusieurs fronts, mais pour Wyndham se rajoute une lutte serrée contre une addiction à l’opium de plus en plus envahissante. Tandis que Banerjee se donne un mal de chien pour concilier l’inconciliable : sa sympathie pour les courants indépendantistes et son appartenance à la police du colonisateur honni. Malgré leur pugnacité, l’issue de tous ces combats est loin d’être acquise.

Coup de cœur : chouette ! Un troisième opus de la série initiée avec « L’attaque du Calcutta Darjeeling » puis « Les princes de Sambalpur ».  Du bon polar, documenté, intelligent.

La médium

par J. P. Smith

Kit Capriol a perdu son mari dans les attentats du 11-Septembre à New York. Leur fille Zoey est née neuf mois après le drame. Aujourd’hui, actrice courant les castings, Kit doit payer les traites de l’appartement de Manhattan.
Kit mène donc une activité parallèle pour joindre les deux bouts : médium. Elle sélectionne dans le New York Times, riche en nécros et avis de décès, ses cibles, qu’elle met en relation avec leurs chers disparus. Et ça marche jusqu’au jour où la police s’en mêle… Personne n’est vraiment qui il semble être dans ce roman  frôlant parfois le surréel. Frissons garantis !

Pi Ying Xi – Théâtre d’ombres

par Philippe Forest

La légende raconte comment un mage, autrefois, parvint à consoler un peu l’empereur du chagrin profond où l’avait laissé la mort de la femme qu’il aimait. Dans l’obscurité, il fit apparaître sous ses yeux la silhouette de la belle courtisane disparue. Ainsi naquit l’art du « Pi Ying Xi » , auquel, en Occident, nous donnons le nom d’ « ombres chinoises » et dont la tradition se perpétue jusqu’à aujourd’hui.
L’auteur déambule dans la Chine d’aujourd’hui, qu’il découvre, qu’il ne connaît pas, qu’il ne comprend pas. Pourtant  tout lui parle de ce que, jadis, il a lui-même vécu et qui, singulièrement, se met ainsi à exister pour la seconde fois.
Entraînant le lecteur vers une Chine rêvée où le présent se mêle au passé, lâchant la proie pour l’ombre – comme le voulait un poète -, il donne une suite à ce long roman de désir et de deuil que compose son oeuvre.

La mélancolie du propos est servie par une écriture élégante. Un beau texte.

La loi du rêveur

par Daniel Pennac

Résumé :
L’ampoule du projecteur a explosé en plein Fellini. Minne et moi regardions Amarcord du fond de notre lit. Ah ! Non ! Merde ! J’ai flanqué une chaise sur une table et je suis monté à l’assaut pour changer l’ampoule carbonisée. Explosion sourde, la maison s’est éteinte, je me suis cassé la figure avec mon échafaudage et ne me suis pas relevé. Ma femme m’a vu mort au pied du lit conjugal. De mon côté je revivais ma vie.
Il paraît que c’est fréquent. Mais elle ne se déroulait pas exactement comme je l’avais vécue.

Coup de cœur :
Un autoportrait de l’auteur en rêveur, plein de surprises, de pièges et de portes dérobées. Entre rêves et réalité, Pennac s’amuse à nous mener par le bout du nez… pour notre plus grand plaisir.
Une lecture friandise à ne pas se refuser !

Et bien sûr, si ce n’est pas déjà le cas, je vous recommande chaudement la lecture de TOUTE la bibliographie de Daniel Pennac : la saga Malaussène en tête, mais aussi « Comme un roman » et « Chagrine d’école » et les autres.

Vallée furieuse

par Brian Panowich

Un bâton Kali. Arnie Blackwell a déjà vu cette arme fatale en bambou et ne connaît que trop bien son potentiel dévastateur quand elle est entre des mains expertes. Et l’homme gigantesque qui se tient face à lui n’a rien d’un amateur. Fenn, l’homme de main philippin, et son chef, Smoke, ont traqué Blackwell jusqu’à sa chambre de motel près de l’aéroport de Jacksonville, déterminés à accomplir deux missions : récupérer les millions qu’Arnie a gagné et retrouver son frère, l’enfant prodige, celui qui a le don.
Coup de cœur : Dans l’esprit de son roman primé « Bull Mountain » et de sa suite « Comme les lions », ce roman indépendant revient toutefois en Georgie profonde et offre un aperçu époustouflant et vibrant d’un monde où le crime paie mais la mort est souvent dans son sillage.

Le Bal des ombres

par Joseph O'Connor

Avec ce roman malicieux sur la vie de Bram Stoker, créateur du mythique Dracula, le romancier irlandais Joseph O’Connor revient à la veine historique qui a fait son succès et fait revivre la Londres victorienne, sa vie théâtrale et ses personnages excentriques, dont la fantasque Ellen Terry, sorte de Sarah Bernhardt anglaise et figure féministe hors du commun. Roman d’amour, roman sur les mystères et les errances de la création, ce texte est une célébration de l’Art de raconter et de vivre des histoires.