Sauvage

par Jamey Bradbury

Résumé :
A dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : « ne jamais perdre la maison de vue », « ne jamais rentrer avec les mains sales » et surtout « ne jamais faire saigner un humain ».
Jusqu’au jour où, attaquée en pleine forêt, Tracy reprend connaissance, couverte de sang, persuadée d’avoir tué son agresseur. Elle s’interdit de l’avouer à son père, et ce lourd secret la hante jour et nuit. Une ambiance de doute et d’angoisse s’installe dans la famille, tandis que Tracy prend peu à peu conscience de ses propres facultés hors du commun.

Coup de cœur :
Un roman organique et inquiétant qui nous plonge dans une histoire teintée de surnaturel, au cœur d’une nature hostile et farouche. Un texte envoutant qui nous entraîne haletant·es à la suite de son héroïne magnétique et sauvage. Un premier roman étonnant et remarquable !

Le complexe d’Eden Bellwether

par Benjamin Wood

Résumé :
Cambridge, de nos jours. Au détour d’une allée du campus, Oscar est attiré par la puissance de l’orgue et des chants provenant de la chapelle de King’s College. Subjugué malgré lui, il ne peut maîtriser un sentiment d’extase. Premier rouage de l’engrenage. Dans l’assemblée, une jeune femme capte son attention. Iris n’est autre que la sœur de l’organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s’accompagne d’étranges conceptions sur son usage hypnotique.

Coup de cœur :
Un premier roman dense et sublime à l’intrigue diabolique et à la sensualité indéfinissable, qui explore la frontière entre génie et folie et nous livre une passionnante étude de cas.
Un coup de maître , envoûtant, haletant, hypnotique !

Il est à toi ce beau pays

par Jennifer D. Richard

A qui est-il, ce beau et immense pays qu’est le Congo ? Aux Livingstone, Stanley, Brazza qui l’explorèrent et s’y perdirent  ? Aux Léopold, Victoria ou Jules Ferry, chefs d’Etats aux appétits voraces – grands saigneurs, esclavagistes, pilleurs et fossoyeurs de tout un continent au nom de la  » civilisation  » ? Aux descendants des Africains déportés aux Etats-Unis et devenus citoyens américains ? À tous, sans doute, sauf à Ota Benga, pygmée et bête de foire, arraché à sa forêt natale et emporté par-delà l’océan.
Ce beau pays qu’on dépèce, entre deux siècles sanglants, c’est le sien, pourtant. Ce roman fort et foisonnant le lui rend. Une fresque bouleversante sur trois continents.

Taupe & Mulot Tome 3 – Album

par Henri Meunier, Benjamin Chaud

Résumé :
– On est bien, non ? dit Mulot.
– Très bien, confirme Taupe.
– Le bleu du ciel, quel chef-d’œuvre ! Si franc, si profond, si subtilement varié, remarque Mulot.
– Notre part de ciel est la plus belle de toutes, juge Taupe.
Taupe et Mulot s’aiment plus que tout malgré leurs différences. Ils se voient tous les jours, s’entraident et partagent, au gré des saisons, baignades entre amis, balades en tandem et bien d’autres aventures ! Une ode à l’amitié et à la nature.

Coup de cœur :
Trois histoires courtes, bucoliques et charmantes qui parlent d’amitié, de tolérance, d’entraide et de joie de vivre. Taupe et Mulot sont très différents et sont les meilleurs amis du monde. Ils partagent avec nous leurs adorables aventures sublimées par les magnifiques illustrations, riches et délicates  de Benjamin Chaud.
À partir de 5 ans ou à lire tout seul dès 7/8 ans.

La vraie vie

par Adeline Dieudonné

Résumé :
C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups, et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour. La candeur des contes de notre enfance mêlée à la terreur des thrillers de Stephen King.

Coup de cœur :
Un premier roman fulgurant qui tisse drame personnel, réalité sociale et conte initiatique avec une grande maîtrise et un talent indéniable. Un histoire follement originale, totalement inattendue, sensuelle et sombre, mais qui donne aussi à rire et à rêver. Une héroïne fabuleuse, forte et naïve, servie par une plume délicieuse.
Adeline Dieudonné est une autrice à suivre.

Il est des hommes qui se perdront toujours

par Rebecca Lighieri

Le narrateur, Karel, est un garçon des quartiers Nord de Marseille. Il grandit dans la cité Antonin Artaud, cité fictive adossée au massif de l’Etoile et flanquée d’un bidonville, « le passage 50 », habité par des gitans sédentarisés. Ces derniers auront une grande importance dans la vie de la fratrie, en les sauvant de leur environnement toxique. Karel vit avec sa sœur Hendricka et son petit frère Mohand, infirme. Ils essaient de survivre à leur enfance, entre maltraitance du père, toxicomanie et pauvreté des parents.  Les trois enfants vont s’inventer chacun un destin. Karel a peur pour sa future vie d’homme, il se demande s’il n’a pas été contaminé par la violence, s’il n’est pas dépositaire d’un héritage tragique, qui l’amènera à abîmer les gens comme son père l’a fait.
C’est une plongée dans toute une culture populaire dont l’auteure saisit l’énergie et les émotions, notamment à travers les chansons de l’époque (début années 2000), de Céline Dion à Michael Jackson, en passant par IAM , Cheb Hasni, Richard Cocciante ou Elton John. Ces gens de peu qui sont nos contemporains, c’est un monde peu décrit, à l’écart de la littérature. L’auteur en tire une substance très romanesque , au plus près des personnages, dans une vérité de l’instant qui est portée par une langue fluide. Bien qu’ils soient très différents de nous, la magie du roman fait qu’on s’attache aux personnages et qu’on dévore ce livre.

Alto Braco

par Vanessa Bamberger

À la suite du décès de sa grand-mère, qui tenait un restaurant à Paris dans la grande tradition des Auvergnats, Brune revient sur sa terre d’origine pour l’enterrer. Cette terre c’est le plateau de l’Aubrac. Elle découvre un paysage, les vies particulières des habitants de ce lieu unique et aussi les vaches.
C’est une immersion en pays d’Aubrac, on sent que l’auteure s’est beaucoup documentée. Elle met en avant autant les beautés que les failles ou les tensions liées aux pratiques d’élevage. Autour elle a brodé une intrigue familiale touchante, avec des personnages bien campés, qui font résonner passé et présent de ce territoire.
En somme une « belle histoire, bien racontée ». Un petit plaisir en ces temps confinés.

Darktown

par Thomas Mullen

Atlanta, 1948. Le département de police de la ville est contraint de recruter ses premiers agents noirs. Parmi eux, les vétérans de guerre Lucius Boggs et Tommy Smith. Mais dans cette Amérique ségrégationniste, un « officier nègre » n’a le droit ni d’arrêter un suspect, ni de conduire une voiture, ni de mettre les pieds dans les locaux de la police blanche. Quand le cadavre d’une toute jeune femme noire est retrouvé sur un dépotoir, Boggs et Smith décident de mener une enquête officieuse, au péril de leur carrière et de leur vie.

Impressionnant de maîtrise et de réalisme, ce polar décrit une société entravée par le racisme et la haine. Sans jamais sacrifier l’intrigue, qui est prenante de bout en bout, l’auteur est aussi au plus près des personnages. Les contraintes sociales qui sont les leurs ne pourront que vous toucher et on oublie pas de sitôt ces deux agents opiniâtres, à la recherche obstinée de l’assassin de Lily.

Dans les geôles de Sibérie

par Yoann Barbereau

C’est son histoire, sidérante, que raconte Yoann Barbereau. Il était directeur de l’Alliance Française à Irkoutsk, menait une vie intéressante et confortable. Mais l’arbitraire et le délire judiciaire Russe s’en mêlent. Au-delà de l’intérêt du témoignage, je dois dire que c’est un récit d’une grande qualité littéraire, comme un bon roman.

« La scène se joue non loin du lac Baïkal, où je vis, où j’aime, où j’ai la chance d’être aimé, à Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale. Des hommes cagoulés surgissent, c’est le matin. Ma fille crie. Elle a cinq ans. Je suis arrêté sous ses yeux, frappé ensuite avec science, interrogé, mais surtout frappé de ce mot ignominieux qu’il m’est pénible d’écrire : pédophilie. Sous les cagoules et dans l’ombre, des hommes veulent ma peau. Ils ont enclenché une mécanique de destruction, grossière et implacable, elle porte un nom, je le connais, le mot a été inventé par le KGB : Kompromat.
Dans les geôles de Sibérie, je tente de comprendre. Dans l’hôpital psychiatrique où je suis plus tard enfermé, je tente de comprendre. On me promet quinze années de camp à régime sévère. L’histoire de mes évasions peut commencer.
Nommer les personnages et les lieux importe peu. Je n’ai rien inventé. C’est un film, et ce n’en est pas un. C’est un roman, et ce n’en est pas un. Ce qui importe, c’est le moment de beauté où la littérature rend la vie plus intéressante que la littérature, ce qu’il faut, c’est l’attraper comme on attrape un poignard. La meute lancée à mes trousses craignait que tout finisse dans un livre. Le voilà. »

Evasion

par Benjamin Whitmer

1968. Le soir du Nouvel An, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, dans le Colorado. Les radios crépitent, lancent l’alerte. Une véritable machine de guerre se met en marche et embrase la petite ville. Habitants et journalistes, gardiens de prison et flics, tous se joignent à la chasse à l’homme. Séparés, les évadés suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable.
Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.

Bien plus qu’une histoire d’évasion ! Il y a du Pierre Lemaître et du Audiard (père et fils) dans ce roman. Il est noir, serré, acide, et l’écriture est jubilatoire. Avec sa galerie de réprouvés, il sonde les peurs qui gouvernent certaines de nos réactions. Il nous embarque et ne nous lâche plus.