Tous les articles par Karine

Les princes de Sambalpur – Une enquête du capitaine Sam Wyndham

par Abir Mukherjee

Deuxième opus très attendu après « L’attaque du Calcutta Darjeeling » ! Échouer à prévenir l’assassinat d’un prince n’est pas un fait d’armes dont peuvent s’enorgueillir le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee, de la police de Calcutta.

Des omelettes trop pimentées pour les papilles anglaises au culte de l’étrange dieu Jagannath, en passant par une chasse au tigre à dos d’éléphant, Wyndham et Banerjee seront initiés aux mœurs locales. Mais il leur sera plus compliqué de pénétrer au cœur du zenana, le harem du maharajah, où un certain confinement n’empêche pas toutes sortes de rumeurs de circuler. Au-delà du suspense, une plongée au cœur des petits royaumes de l’Inde traditionnelle des années 1920, et une subtile analyse de l’impossible coexistence entre Britanniques et Indiens.

Coup de cœur : un régal de roman policier historique. Un délicieux mélange d’humour British et d’un Hercule Poirot détonnant. Très documenté, d’une lecture agréable ; de plus l’intrigue est intéressante. Comment passer un excellent moment, sourire aux lèvres, loin de tout.

Apeirogon

par Colum McCann

Apeirogon, n. m. : figure géométrique au nombre infini de côtés. Rami Elhanan est israélien, fils d’un rescapé de la Shoah, ancien soldat de la guerre du Kippour ; Bassam Aramin est palestinien, et n’a connu que la dépossession, la prison et les humiliations. Tous deux ont perdu une fille dans le conflit.
Passés le choc, la douleur, les souvenirs, le deuil, il y a l’envie de sauver des vies. Eux qui étaient nés pour se haïr décident de raconter leur histoire et de se battre pour la paix. Afin de rendre hommage à l’histoire vraie de cette amitié, Colum McCann nous offre une oeuvre totale à la forme inédite.
Coup de cœur : quand on est en présence d’un chef d’oeuvre on le sait dès les premières pages.  Vous connaissez ma passion pour les livres documentés et bien écrits, nous y sommes. Chaque fait rapporté, chaque anecdote, a sa place dans la fiction et vient à point nommer enrichir ou illustrer l’histoire de Bassam et Rami.

 » Ce roman vous fait beaucoup de bien et vous ébranle complètement. Ce paradoxe est le signe des grands livres. «  Le Soir  » Nous voici ébahis devant ce livre tourbillonnant, ce roman où la forme et la fonds s’unissent de manière exceptionnelle. «  Télérama

Traduit de l’anglais (Irlande) par Clément Baude

Tableau final de l’amour

par Larry Tremblay

Librement inspiré de la vie du peintre Francis Bacon, Tableau final de l’amour fait le récit d’une quête artistique sans compromis, viscérale, voire dangereuse. Dans une Europe traversée par deux guerres s’impose la vision d’un artiste radical dont l’oeuvre entière, obsédée par le corps, résonne comme un cri. S’adressant à l’amant qui lui a servi de modèle – ce  » petit voleur inexpérimenté  » qui, en pleine nuit, s’est introduit dans son atelier –, le narrateur retrace les errances de leur relation tumultueuse.
Avec ce roman, rappelant l’érotisme de Bataille ou de Leiris, Larry Tremblay poursuit son oeuvre de mise à nu de l’être humain. Il ne fallait pas peindre la surface des choses, mais ce qu’elle cachait. Ne pas peindre l’espace, mais le temps. Ne pas peindre ton corps, mais sa mort.

Anne-Marie la beauté

par Yasmina Reza

Anne-Marie était comédienne au théâtre. Elle se confie à une journaliste imaginaire et évoque son passé. La troupe, les coulisses, les rôles, ce dont on rêvait et ce qui est advenu. La gouaille d’un titi parisien mâtinée de nostalgie.
C’est aussi un hymne aux obscurs qui ont cru en leur étoile, aux oubliés qui ont brillé pour quelques-uns.
Un régal de lecture, fluide et poétique.

Yasmina Reza a mis en scène son texte et a confié le rôle à un homme : l’acteur André Marcon.
J’aurais tant aimé voir ce spectacle …

Temps sauvages

par Mario Vargas Llosa

« Temps sauvages » nous raconte un épisode-clé de la guerre froide : le coup d’État militaire organisé par les États-Unis au Guatemala en 1954, pour écarter du pouvoir le président légitime Jacobo Árbenz. Le lecteur ne manquera pas de découvrir l’influence de la CIA et de l’United Fruit, mais aussi du ténébreux dictateur de la République dominicaine, Trujillo, et de son homme de main : Johnny Abbes García.
Coup de cœur : Mario Vargas Llosa transforme cet événement en une vaste fresque épique où nous verrons se détacher un certain nombre de figures puissantes et de personnages inoubliables. Conçu comme une redoutable machine narrative, à la prose puissante, c’est un texte qui ne laisse pas indifférent.

Les vies de Jacob

par Christophe Boltanski

369. C’est le nombre de Photomatons que Jacob B’Chiri a pris de lui-même entre 1973 et 1974. A quoi pouvaient bien servir ces selfies d’avant l’heure qui montrent tantôt un visage troublé, tantôt un rire forcé, qui paraissent si familiers et lointains en même temps ? Sont-ils l’expression d’une coquetterie, d’un humour solitaire ou la clé d’un mystère ? Lorsque Christophe Boltanski ouvre cet album ramassé aux puces, il est aussitôt aspiré par ces figures sorties d’un conte de Lewis Carroll.
Au dos des clichés, des adresses nourrissent encore l’énigme, de Rome à Bâle, de Marseille à Barbès ; quant aux prénoms ou diminutifs, ils ressemblent à des alias. Christophe Boltanski veut comprendre qui fut cet homme.
Son besoin de savoir le conduit dans des échoppes à l’abandon, des terrains vagues, des docks déserts, des lieux ultra-sécurisés, puis dans les cimetières de Djerba, et enfin en Israël, aux confins du désert du Néguev ou au pied du mont Hermon.

Désir pour désir

par Mathias Enard

Venise, 1750. Dans les rues effervescentes du Carnaval, se croisent poètes, peintres, graveurs et musiciens. Au fil des pages, devenant elle-même une œuvre d’art trop grande pour être contenue, la Sérénissime se déploie, se dévoile, cruelle, un peu sorcière, à la mesure des rencontres artistiques, des parties de cartes et des jeux de masques. Et tisse dans ses rues brumeuses une grande histoire d’amour et de chagrin.

Coup de cœur : chanceux qui ne connaissez pas encore la prose éclatante et fine de Mathias Enard ne passez pas votre chemin et venez goûter cette balade dans Venise, ces instants suspendus et précieux qui précédent l’amour ou le chagrin.

La fille qu’on appelle

par Tanguy Viel

Quand il n’est pas sur un ring à boxer, Max Le Corre est chauffeur pour le maire de la ville. Il est surtout le père de Laura qui, du haut de ses vingt ans, a décidé de revenir vivre avec lui. Alors Max se dit que ce serait une bonne idée si le maire pouvait l’aider à trouver un logement.

Coup de cœur : dans une langue brillante, avec une jubilation d’écriture qui n’a d’égale que la noirceur du propos, Tanguy Viel décortique et expose des faits qui deviennent terriblement réels. Il nous emmène là où on ne voudrait jamais aller, dans les linges sales du pouvoir, mais avec quel talent !

Des vies à découvert

par Barbara Kingsolver

Au 19ème siècle puis au 21ème siècle, dans une même maison (qui est une ruine au bord de l’écroulement), un homme et une femme sont en butte aux préjugés de leur époque et aux difficultés inattendues que la vie peut réserver. Chacun à sa façon, Willa et Thatcher s’emparent du monde nouveau, tel qu’il est.

Avec toute l’ironie subtile qui la caractérise, Barbara Kingsolver dresse un portrait du pays saisissant de vérité : l’Amérique des « winners » est un mirage … Très romanesque et d’une grande finesse psychologique.

Je ne reverrai plus le monde – Textes de prison

par Ahmet Altan

Ces dix-neuf textes sont écrits du fond d’une geôle. Poignants et remarquablement maîtrisés, ces aller-retours entre réflexions et sensations expriment le quotidien morne du prisonnier, écartelé entre le bilan de sa vie et de ses actions, et le vide glacial d’un avenir absent. Mais petit à petit le courage lui revient, et malgré des conditions désespérantes il se remet à écrire. Un livre de résistance exemplaire.

Coup de cœur : le journaliste et écrivain turc Ahmet Altan confronté à l’arbitraire de son incarcération, à l’angoisse de ne plus revoir les siens, livre des textes d’une beauté et d’une profondeur renversantes.