Tous les articles par Karine

Vallée furieuse

par Brian Panowich

Un bâton Kali. Arnie Blackwell a déjà vu cette arme fatale en bambou et ne connaît que trop bien son potentiel dévastateur quand elle est entre des mains expertes. Et l’homme gigantesque qui se tient face à lui n’a rien d’un amateur. Fenn, l’homme de main philippin, et son chef, Smoke, ont traqué Blackwell jusqu’à sa chambre de motel près de l’aéroport de Jacksonville, déterminés à accomplir deux missions : récupérer les millions qu’Arnie a gagné et retrouver son frère, l’enfant prodige, celui qui a le don.
Coup de cœur : Dans l’esprit de son roman primé « Bull Mountain » et de sa suite « Comme les lions », ce roman indépendant revient toutefois en Georgie profonde et offre un aperçu époustouflant et vibrant d’un monde où le crime paie mais la mort est souvent dans son sillage.

Avec la permission de Gandhi

par Abir Mukherjee

Décembre 1921, le Raj tremble. Un certain Gandhi prône la désobéissance civile et des foules de manifestants pacifiques mais déterminés s’apprêtent à envahir les rues de Calcutta. Comment éviter que l’élégant prince de Galles, en visite officielle, ne soit témoin de la révolte qui gronde ? C’est à cette situation inédite que la police impériale est appelée à se mesurer alors que dans la région des meurtres inexplicables se multiplient.
Le capitaine Wyndham et le sergent Banerjee n’ont pas peur de se battre sur plusieurs fronts, mais pour Wyndham se rajoute une lutte serrée contre une addiction à l’opium de plus en plus envahissante. Tandis que Banerjee se donne un mal de chien pour concilier l’inconciliable : sa sympathie pour les courants indépendantistes et son appartenance à la police du colonisateur honni. Malgré leur pugnacité, l’issue de tous ces combats est loin d’être acquise.

Coup de cœur : chouette ! Un troisième opus de la série initiée avec « L’attaque du Calcutta Darjeeling » puis « Les princes de Sambalpur ».  Du bon polar, documenté, intelligent.

La médium

par J. P. Smith

Kit Capriol a perdu son mari dans les attentats du 11-Septembre à New York. Leur fille Zoey est née neuf mois après le drame. Aujourd’hui, actrice courant les castings, Kit doit payer les traites de l’appartement de Manhattan.
Kit mène donc une activité parallèle pour joindre les deux bouts : médium. Elle sélectionne dans le New York Times, riche en nécros et avis de décès, ses cibles, qu’elle met en relation avec leurs chers disparus. Et ça marche jusqu’au jour où la police s’en mêle… Personne n’est vraiment qui il semble être dans ce roman  frôlant parfois le surréel. Frissons garantis !

Entre fauves

par Colin Niel

Martin est garde au parc national des Pyrénées. Il travaille notamment au suivi des ours. Mais depuis des mois, on n’a plus la moindre trace de Cannellito, le dernier plantigrade avec un peu de sang pyrénéen. Martin en est chaque jour plus convaincu : les chasseurs auront eu la peau de l’animal. Alors, lorsqu’il tombe sur un cliché montrant une jeune femme devant la dépouille d’un lion, arc de chasse en main, il est déterminé à la retrouver et la livrer en pâture à l’opinion publique.
Même si d’elle, il ne connaît qu’un pseudonyme sur les réseaux sociaux : Leg Holas.

Coup de cœur : Colin Niel quitte la Guyane pour les Pyrénées et la Namibie. Il met tout son talent au service d’une histoire passionnante dont on sent qu’elle le touche. Chasseurs, tartuffes de l’écologie, tout le monde en prend pour son grade dans un récit haletant et engagé.

Le Bal des ombres

par Joseph O'Connor

Avec ce roman malicieux sur la vie de Bram Stoker, créateur du mythique Dracula, le romancier irlandais Joseph O’Connor revient à la veine historique qui a fait son succès et fait revivre la Londres victorienne, sa vie théâtrale et ses personnages excentriques, dont la fantasque Ellen Terry, sorte de Sarah Bernhardt anglaise et figure féministe hors du commun. Roman d’amour, roman sur les mystères et les errances de la création, ce texte est une célébration de l’Art de raconter et de vivre des histoires.

L’autre Molière

par Eve de Castro

Le pacte secret de deux génies. C’est une histoire où le bien et le mal se donnent la main. On y avance masqué, on y ment par profession, par vice, par nécessité, on y aime, on s’y trahit et on y ressuscite. La nuit du 21 février 1673, une foule en larmes enterre le baladin Molière. Sous son capuchon, le vieux Corneille suit le cortège. Il vient pour Armande, la veuve. Il la désire en secret. Il va lui dire la vérité sur son mari.
Et nous l’apprendre. Molière et Corneille, deux faces d’une même médaille, deux génies liés par un pacte inavouable. Ces monstres sacrés avaient ? ils plusieurs visages ? Que nous cache-t-on depuis trois cents ans ?

La décision

par Karine Tuil

Mai 2016. Dans une aile ultrasécurisée du Palais de justice, la juge Alma Revel doit se prononcer sur le sort d’un jeune homme suspecté d’avoir rejoint l’Etat islamique en Syrie. A ce dilemme professionnel s’en ajoute un autre, plus intime : mariée depuis plus de vingt ans à un écrivain à succès sur le déclin, Alma entretient une liaison avec l’avocat qui représente le mis en examen. Entre raison et déraison, ses choix risquent de bouleverser sa vie et celle du pays…

Pi Ying Xi – Théâtre d’ombres

par Philippe Forest

La légende raconte comment un mage, autrefois, parvint à consoler un peu l’empereur du chagrin profond où l’avait laissé la mort de la femme qu’il aimait. Dans l’obscurité, il fit apparaître sous ses yeux la silhouette de la belle courtisane disparue. Ainsi naquit l’art du « Pi Ying Xi » , auquel, en Occident, nous donnons le nom d’ « ombres chinoises » et dont la tradition se perpétue jusqu’à aujourd’hui.
L’auteur déambule dans la Chine d’aujourd’hui, qu’il découvre, qu’il ne connaît pas, qu’il ne comprend pas. Pourtant  tout lui parle de ce que, jadis, il a lui-même vécu et qui, singulièrement, se met ainsi à exister pour la seconde fois.
Entraînant le lecteur vers une Chine rêvée où le présent se mêle au passé, lâchant la proie pour l’ombre – comme le voulait un poète -, il donne une suite à ce long roman de désir et de deuil que compose son oeuvre.

La mélancolie du propos est servie par une écriture élégante. Un beau texte.

Black Manoo

par Gauz

Black Manoo, junkie abidjanais sans papiers, déboule dans le Belleville des années 90 avec deux guides pour traverser les folles soirées afroparisiennes : Lass Kader, son meilleur ami dealer, et Karol, sa belle. Avec eux, on explore les coulisses d’un quartier ahurissant et les stratégies d’un immigré tout juste débarqué à Paris pour s’y enraciner, entre rituels et petits boulots. Le destin de Black Manoo pourrait ressembler à cent mille autres mais ne ressemble à aucun.
Dans ce roman-monde qui fait de chaque lieu, de chaque personnalité, le creuset d’un univers, Gauz réunit les deux veines qui ont fait son succès : l’observation sociale et le destin de personnages aux marges des lois. Au-delà, il invente un style littéraire d’une concision électrique, aussi dense et intense que la plus rageuse des musiques.

Le grand monde

par Pierre Lemaitre

Le Grand Monde, le nouveau roman de Pierre Lemaitre. Après sa remarquable fresque de l’entre-deux-guerres, il nous propose aujourd’hui une plongée mouvementée et jubilatoire dans les Trente Glorieuses.

Entre Beyrouth, Paris et l’Indochine (partie la plus intéressante à mon goût), ses personnages vivent et éprouvent l’histoire. Malmenés, mais pas irréprochables, on peut faire confiance à Pierre Lemaitre pour nous raconter avec brio et gourmandise leurs tribulations. Le soin de la reconstitution historique est à la hauteur de son talent de conteur. Dumas et Hugo ne sont jamais loin et c’est toujours un grand plaisir de lecture.