Tous les articles par Karine

Taipei pianissimo

par Chiang-Sheng Kuo

« Le vent de ces années soufflait des rides sur l’eau, je fermai les yeux, rentré en moi-même, je laissai mes mains trouver dans le noir leur position sur le clavier. Je frappai la première note de la sonate. »
Un veuf qui pleure une musicienne. Un accordeur de piano qui cache une vie de secrets. Un piano Steinway désaccordé. Un voyage à la découverte de soi à travers le temps et les continents, d’une maison d’enfance dans une ruelle de Taipei à New York sous la neige.
Quelle trahison et quel chagrin d’amour ont poussé un jeune prodige de la musique à renoncer à la grandeur ? La beauté naît-elle sur scène, sous les mains du pianiste, ou se cache-t-elle dans l’âme du piano ?
Taipei pianissimo a décroché tous les plus grands prix littéraires de Taïwan en 2020.

Coup de cœur : voici un roman d’une poésie envoûtante. Il distille une nostalgie mystérieuse, teintée des sentiments liés à la musique. Bruissant de silences, de notes, d’accord parfait et d’amour tu, ce texte ne laisse pas indifférent.

La Maison où je suis mort autrefois

par Keigo Higashino

Sayaka Kurahashi va mal. Mariée à un homme d’affaires absent, mère d’une fillette qu’elle maltraite, elle a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Et puis il y a cette étonnante amnésie : elle n’a aucun souvenir avant l’âge de cinq ans. Quand, à la mort de son père, elle reçoit une enveloppe contenant une énigmatique clef à tête de lion et un plan sommaire conduisant à une bâtisse isolée dans les montagnes, elle se dit que la maison recèle peut-être le secret de son mal-être et décide de s’y rendre, en compagnie de son ancien petit ami.
Ils découvrent une construction apparemment abandonnée, où toutes les horloges sont arrêtées à la même heure. Dans une chambre d’enfant, ils trouvent le journal intime d’un petit garçon et comprennent peu à peu que cette inquiétante demeure a été le théâtre d’événements tragiques…

Coup de cœur : comme toujours chez Keigo Higashino, beaucoup de délicatesse et un art du suspense au cordeau. Ici pas d’inspecteur ou de crime, la mémoire est l’enquêtrice et la maison est le corps. Elle livre ses secrets un à un. Pour notre plus grand bonheur.

La Colère

par S. A. Cosby

Ike Randolph est noir. Buddy Lee Jenkins est blanc. En Virginie-Occidentale, cela revient à dire que tout les oppose. Ils ont pourtant été tous les deux pareillement lamentables en dénigrant avec la même violence l’homosexualité de leurs fils, maintenant mariés l’un à l’autre. Alors, quand ces fils, Isiah et Derek sont assassinés, la douleur a un goût de culpabilité. Qui a tôt fait de se transformer en colère, une colère viscérale, qui réclame un exutoire.

Coup de cœur : quel talent possède Shawn A. Cosby ! Déjà éblouie par « Le sang des innocents » je me régale à nouveau avec ce texte. Tout est jouissif dans son écriture : le rythme, les dialogues, l’humour, l’incarnation des personnages (formidables d’humanité et de justesse). Il sait parfaitement vous tenir en haleine et parallèlement dresser un portrait sans concession et engagé de l’Amérique. Le tout est génialement imbriqué. C’est Pierre Lemaître aux USA ! Je recommande : un grand auteur est né.

Les soldats de l’aube

par Deon Meyer

Johannes Jacobus Smit, un riche antiquaire, est retrouvé mort, brûlé au chalumeau puis abattu d’une balle dans la nuque. Zatopek van Heerden, dit Zet, ancien flic déchu, se voit confier une mission : retrouver le testament de la victime, afin de permettre à son amie d’hériter de ses biens. Pour la mener à terme, il lui faudra élucider le mystère de ce meurtre et même en percer un second : l’identité réelle de ce marchand…
L’enquête l’entraînera dans les méandres de l’histoire sud-africaine, aux confins de l’Angola, où se croisent crime organisé, guerres fratricides et racisme d’État.

Coup de cœur : nouvelle traduction de ce polar des débuts de Deon Meyer. Toujours aussi bon, tant dans l’intrigue que dans l’écriture et la restitution d’une époque. Personnages et narration impeccables, du grand polar.

American Rust

par Philipp Meyer

Une petite ville de Pennsylvanie, jadis haut lieu de la sidérurgie, aujourd’hui à l’agonie. Isaac, vingt ans, est désormais seul pour s’occuper de son père invalide, sans pour autant renoncer à son rêve d’étudier à Berkeley. Avec l’aide de son meilleur ami Billy, ancienne star de l’équipe de football locale, il se décide à prendre la route, direction la Californie. Mais un mauvais hasard, et le drame qui s’ensuit, vont faire voler en éclats leur fragile avenir.
Mêlant la tragédie et le portrait d’une Amérique en crise, American Rust est une bouleversante histoire de loyauté et de rédemption. Réédité dans une traduction révisée, ce roman, paru en 2010 sous le titre Un arrière-goût de rouille, annonçait déjà l’immense talent de Philipp Meyer, révélé quatre ans plus tard par son chef-d’œuvre Le Fils.

Crépuscule

par Philippe Claudel

Résumé:
Aux frontières de l’Empire sommeille une province minérale où le rythme lent des grands hivers engourdit les habitants d’une petite ville ordinaire. Un matin, le Curé est découvert la tête fracassée à coups de pierres. Qui pouvait à ce point lui en vouloir dans cette bourgade où, jusque-là, les communautés religieuses avaient vécu en bonne entente ? L’enquête est confiée à Nourio, le Policier trop souvent gouverné par ses passions et qui méprise Baraj, son Adjoint, bon géant placide à l’âme de poète.
Mais l’Empire a-t-il intérêt à ce que l’on découvre le véritable assassin ? De suspens en rebondissements, l’intrigue policière se double d’une réflexion magistrale sur la nature humaine. Lorsque les peuples et les États sont malmenés, comment s’écrit ou se réécrit l’Histoire ? Et que peuvent les hommes face à son cours impétueux ?

Coup de cœur :
Une fable sombre, cruelle et magnifique qui sonde la noirceur de l’âme humaine, l’intolérance et le vice. Dans la veine de « Les âmes grises » et « Le rapport de Brodeck » Claudel nous immerge dans un univers froid, humide et poisseux. La force de sa narration et sa plume éblouissante sauverons ceux qui doivent l’être, le lecteur inclus !

555

par Hélène Gestern

Hélène Gestern nous entraîne dans le monde de la musique, des clavecinistes, de la lutherie, avec une puissance qui lui appartient. C’est en défaisant la doublure d’un étui à violoncelle que Grégoire Coblence, associé d’un luthier, découvre une partition ancienne.
Après l’avoir fait déchiffrer, il acquiert la certitude qu’elle a été écrite par Domenico Scarlatti, le plus illustre des compositeurs pour clavecin. Mais la partition disparaît. Cinq êtres, dont l’existence est intimement liée à l’œuvre du musicien, se lancent alors à corps perdu à la recherche du précieux document. lls sont amenés à questionner leur passé, leurs amours, leurs espérances et leurs erreurs. Scarlatti, compositeur génial aux 555 sonates, est le fil conducteur de ce roman.

Coup de cœur : j’attends toujours avec impatience les romans d’Hélène Gestern. Tant de délicatesse dans l’écriture et dans l’expression des sentiments, tant de talent dans l’art de broder une histoire et de nous tenir suspendus à ses fils. Ce dernier roman de déroge pas à la règle et le plaisir de lecture est toujours là. À tous les chanceux qui ne connaissent pas encore son œuvre et vont la découvrir je recommanderais plus particulièrement « Eux sur la photo », « Portrait d’après blessure » et « L’odeur de la forêt ». Bonne lecture !

Seule en sa demeure

par Cécile Coulon

Un thriller sur l’amour et le désir. Aimée est mariée à Candre Marchère, riche propriétaire et homme de foi. Mais tandis qu’elle tente d’apprendre à être une femme et une épouse, le doute en elle s’insinue. Cette demeure semble renfermer des secrets. Son époux est-il vraiment honnête avec elle? Qu’est-il vraiment arrivé à sa première femme ? Le malaise monte dans cette demeure où elle se sent enfermée.

Coup de cœur : d’une plume fine et musicale, l’autrice réinvente le conte gothique. Au cœur d’une forêt sombre et étouffante, entre les murs d’un manoir inquiétant, Cécile Coulon dénoue l’écheveau des secrets enfouis de la famille Marchère.
Une autrice phare, un roman envoutant !

Une saison pour les ombres

par R. J. Ellory

1972, nord-est du Canada. Dans cette région glaciale où l’hiver dure huit mois, la communauté de Jasperville survit grâce aux mines de fer. Au-delà du village, il n’y a rien qu’une nature hostile. Quand le corps d’une adolescente est découvert aux abords de la forêt, la gravité des blessures laisse supposer qu’elle a été victime d’une bête sauvage ; ce sera en tout cas la version officielle. Mais, quelque temps après, une autre jeune fille est retrouvée morte.
Des années plus tard, de retour à Jasperville qui l’a vu grandir, Jack Devereaux comprend peu à peu que les habitants acceptent les mensonges du passé par peur d’affronter une vérité bien trop dérangeante. Un roman troublant de beauté et d’émotion, à classer sans conteste parmi les plus grandes réussites de l’auteur.

Coup de cœur : on retrouve R.J Ellory dans la veine du somptueux « Seul le silence ». Quand l’écriture précise et travaillée vous porte bien au delà d’une énigme ; révélant passions et monde étrange, sentiments forts.

Le sang des innocents

par S. A. Cosby

Le Sud n’a pas changé. Ce constat, Titus Crown y est confronté au quotidien. Ancien agent du FBI, il est le premier shérif noir à avoir été élu à Charon County, la terre de son enfance. Mais si l’élection de Titus a fait la fierté de son père, elle a surtout provoqué la colère des Blancs, qui ne supportent pas de le voir endosser l’uniforme, et la défiance des Noirs, qui le croient à la solde de l’oppresseur.
Bravant les critiques, Titus tente de faire régner la loi dans un comté rural frappé par la crise des opioïdes et les tensions raciales. Jusqu’au jour où Lattrel, un jeune Noir, tire sur M. Spearman, le prof préféré du lycée, avant de se faire abattre par la police. Fanatisme terroriste, crient les uns. Énième bavure policière, ripostent les autres. A mesure que les dissensions s’exacerbent, Titus est lancé dans une course contre la montre pour découvrir la vérité.

Coup de cœur : très gros coup de cœur pour ce polar génial ! Une intrigue passionnante, sur un fonds social incandescent, des personnages très bien campés. Vous n’êtes pas prêt d’oublier Titus Crown, shérif intègre et torturé, qui est le passeur idéal de l’identité et de l’histoire d’une région. Histoire qui se règle encore à coup de sermons et de menaces mais l’auteur nous fournit quelques armes pour répondre aux nostalgiques du Sud esclavagiste.