Tous les articles par Karine

La sonate à Bridgetower – (Sonata Mulattica)

par Emmanuel Dongala

N’en déplaise à l’ingrate postérité, la célèbre Sonate à Kreutzer n’a pas été composée pour le violoniste Rodolphe Kreutzer, mais pour un jeune musicien tombé dans l’oubli. Comment celui-ci est devenu l’ami auquel Beethoven a dédié l’un de ses morceaux les plus virtuoses, voilà l’histoire qui est ici racontée. Au début de l’année 1789 débarquent à Paris le violoniste prodige George Bridgetower, neuf ans, et son père, un Noir de la Barbade qui se fait passer pour un prince d’Abyssinie.
Arrivant d’Autriche, où George a suivi l’enseignement de Haydn, ils sont venus chercher l’or et la gloire que devrait leur assurer le talent du garçon. De Paris à Londres, puis Vienne, ce récit d’apprentissage confronte aux bouleversements politiques et sociaux – notamment la mise en cause de l’esclavage aux colonies et l’évolution de la condition des Noirs en Europe – les transformations majeures que vit le monde des idées, des arts et des sciences, pour éclairer les paradoxes et les accomplissements du Siècle des lumières.

Amoureux de la musique et des belles histoires voici une pépite. De la couverture du livre au sujet du roman, des personnages flamboyants aux salons raffinés où se produit George, tout est beau ! Quand le romanesque rencontre la musique et une époque riche en bouleversements tout est en place pour passer un délicieux moment de lecture.

Darktown

par Thomas Mullen

Atlanta, 1948. Le département de police de la ville est contraint de recruter ses premiers agents noirs. Parmi eux, les vétérans de guerre Lucius Boggs et Tommy Smith. Mais dans cette Amérique ségrégationniste, un « officier nègre » n’a le droit ni d’arrêter un suspect, ni de conduire une voiture, ni de mettre les pieds dans les locaux de la police blanche. Quand le cadavre d’une toute jeune femme noire est retrouvé sur un dépotoir, Boggs et Smith décident de mener une enquête officieuse, au péril de leur carrière et de leur vie.

Impressionnant de maîtrise et de réalisme, ce polar décrit une société entravée par le racisme et la haine. Sans jamais sacrifier l’intrigue, qui est prenante de bout en bout, l’auteur est aussi au plus près des personnages. Les contraintes sociales qui sont les leurs ne pourront que vous toucher et on oublie pas de sitôt ces deux agents opiniâtres, à la recherche obstinée de l’assassin de Lily.

Personne ne gagne – Mémoires

par Jack Black

De San Francisco au Canada, de trains de marchandises en fumeries d’opium, d’arnaques en perçages de coffres, du désespoir à l’euphorie, Jack Black est un voleur : parfois derrière les barreaux, toujours en cavale. Avec ironie, sagesse et compassion, il nous entraîne sur la route au tournant du XXe siècle. Personne ne gagne est un hymne à une existence affranchie des conventions. Qu’il soit hors-la-loi, opiomane ou source d’inspiration pour Kerouac et Burroughs, qu’importe, qu’il vole au-devant de la déchéance ou qu’il flambe comme un roi, Jack Black n’est guidé que par son amour de la liberté.
C’est dur, c’est brut, c’est profondément américain. Black est peut-être un vaurien, il est surtout un conteur qui, sans jugement, joue avec son passé afin de nous remuer et de nous mettre sur le droit chemin.

Zébu boy

par Aurélie Champagne

Madagascar, mars 1947, l’insurrection gronde. Peuple saigné, soldats déshonorés, ce soir, l’île va se soulever, prendre armes et amulettes pour se libérer. Et avec elle, le bel Ambila, Zébu Boy, fierté de son père, qui s’est engagé pour la Très Grande France, s’est battu pour elle et a survécu à la guerre, aux Allemands, aux Frontstalags. Héros rentré défait et sans solde, il a tout perdu et dû ravaler ses rêves de citoyenneté.
Ambila qui ne croit plus en rien, sinon à l’argent qui lui permettra de racheter le cheptel de son père et de prouver à tous de quoi il est fait. Ambila, le guerrier sans patrie, sans uniforme, sans godasses, sans mère, qui erre comme arraché à la vie et se retrouve emporté dans les combats, dans son passé, dans la forêt. Roman de la croyance, du deuil et de la survie, Zébu Boy fait naître les fleurs et se changer les balles en eau.
Tout entier traversé d’incantations, ce premier roman, qui oscille entre destin et pragmatisme, est porté par une langue puissante et fait entendre la voix mystérieuse qui retentit en chaque survivant.

Ceux que je suis

par Olivier Dorchamps

« Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études ». Marwan est français, un point c’est tout. Alors, comme ses deux frères, il ne comprend pas pourquoi leur père, garagiste à Clichy, a souhaité être enterré à Casablanca. Comme si le chagrin ne suffisait pas.
Pourquoi leur imposer ça ? C’est Marwan qui ira. C’est lui qui accompagnera le cercueil dans l’avion, tandis que le reste de la famille arrivera par la route. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.

« Ceux que je suis » est un roman pudique et délicat, à la justesse toujours irréprochable.

De pierre et d’os

par Bérengère Cournut

Une nuit, la banquise se fracture et sépare une jeune femme de sa famille. Ugsuralik, 14 ans à peine, se retrouve livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Si elle veut survivre, elle doit avancer à la rencontre d’autres groupes humains. Sur la banquise on ne peut pas survivre seul. Commence alors, dans des conditions extrêmes, une errance au sein de l’espace arctique, peuplé d’hommes, d’animaux et d’esprits.

C’est une plongée tout en poésie dans le quotidien des inuits, à travers le destin d’une jeune fille. Douceur et spiritualité sont les maîtres mots de ce superbe roman.

C’est l’occasion de vous rappeler que l’auteure a écrit un premier roman tout aussi beau : « Née contente à Oraibi ». Il se passe chez les Hopi, tribus indiennes qui vivent toujours dans le désert de l’Arizona

Il est à toi ce beau pays

par Jennifer D. Richard

A qui est-il, ce beau et immense pays qu’est le Congo ? Aux Livingstone, Stanley, Brazza qui l’explorèrent et s’y perdirent  ? Aux Léopold, Victoria ou Jules Ferry, chefs d’Etats aux appétits voraces – grands saigneurs, esclavagistes, pilleurs et fossoyeurs de tout un continent au nom de la  » civilisation  » ? Aux descendants des Africains déportés aux Etats-Unis et devenus citoyens américains ? À tous, sans doute, sauf à Ota Benga, pygmée et bête de foire, arraché à sa forêt natale et emporté par-delà l’océan.
Ce beau pays qu’on dépèce, entre deux siècles sanglants, c’est le sien, pourtant. Ce roman fort et foisonnant le lui rend. Une fresque bouleversante sur trois continents.

Victor Hugo vient de mourir

par Judith Perrignon

Vibrez de la ferveur et de la fureur de Paris, vivez les funérailles de l’Immortel. Le poète vient de rendre son dernier souffle et, déjà, la nouvelle court les rues, entre dans les boutiques, les ateliers, les bureaux. Paris est pris de fièvre. Chacun veut rendre un dernier hommage et participer aux obsèques nationales qui mèneront l’Immortel au Panthéon. Deux millions de personnes se presseront sur le parcours du corbillard en ce jour de funérailles intense et inoubliable.
D’un événement historique et en tout point exceptionnel naît un texte intime et épique où tout est vrai, tout est roman. Cet ouvrage a reçu le prix Révélation de la SGDL et le prix Tour Montparnasse.

L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines

par Luis Sepulveda

Difficile de faire la révolution quand certains ne pensent qu’à leurs rendez-vous amoureux ! Ou encore d’improviser un braquage quand l’un des militants profite du public captif pour pousser la chansonnette. Pour les très jeunes militants communistes ou socialistes du Chili des années 1960, les jambes des filles offrent la plus belle des diversions et le Petit Livre Rouge le meilleur des papiers à rouler.
Pourtant, si fin 1970 Salvador Allende arrive au pouvoir, c’est un peu grâce à ces héros, inexpérimentés mais ardents. Ces portraits tendres sont autant de témoignages, souvent rocambolesques, et parfois tristes, d’une jeunesse en lutte contre la droite, l’armée et la CIA.

12 nouvelles empreintes d’humanité, de nostalgie et de drôlerie. Tout le talent de Luis Sepulveda en un hommage aux femmes et hommes qui ont lutté pour la liberté.

L’odeur de la forêt

par Hélène Gestern

Soudain, il prit conscience qu’au parfum de cristaux d’eau et de gel s’était mêlé autre chose. Une fragrance lointaine, subtile, assourdie par le froid, qu’il lui fallut quelques secondes pour identifier tant il avait perdu jusqu’à la mémoire de ce qui faisait la vie : l’odeur de la forêt. Une correspondance incomplète, des clichés clandestins, un journal codé, voilà les premières cartes du jeu de patience que va mener Elisabeth Bathori, historienne de la photographie, et qui l’emmènera bien plus loin qu’elle ne le pensait.
L’Odeur de la forêt est une traversée de la perte, à la recherche des histoires de disparus, avalés par la guerre – la Première puis la Seconde Guerre mondiale -, le temps et le silence. Mais ce roman ample, prolifique, multiple, célèbre la force inattendue de l’amour et de la mémoire, lorsqu’il s’agit d’éclairer le devenir de leurs traces : celles qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants.

Du grand art ! Qu’il soit épistolaire ou photographique. Hélène Gestern poursuit avec le grand talent qui est le sien son oeuvre autour de ses thèmes de prédilection : les origines familiales, l’image, les échanges épistolaires, les portraits de femmes.

Vous pouvez la découvrir avec son premier roman « Eux sur la photo », qui commence par un échange de lettres dont la teneur est d’une exquise délicatesse et qui donnent une envie folle de recevoir des lettres ainsi écrites.