Là où nous dansions

par Judith Perrignon

Résumé :
Detroit, Michigan :  ville mythique puis ville fantôme, décatie, en faillite. Comment cette ville et les hommes qui l’ont habitée en sont arrivé à ce point ? Qui se souvient que la Motown est née là, que l’industrie automobile a été inventée là.
Dans ce roman choral, les personnages sont chacun une partie de l’histoire américaine et ils incarnent magnifiquement la nostalgie, la révolte ou l’espoir. La musique comme fil conducteur (sublime trio The Supremes), la voiture toute puissante, l’aménagement urbain comme outil de ségrégation. Des années 60 à nos jours c’est un tableau vivant, un écho aux bruits des hommes.

Énorme coup de cœur :
Comment vous dire simplement que ce roman est fabuleux. Judith Perrignon nous emmène très loin.  Très documenté, bien construit, bien écrit, captivant de bout en bout. Terriblement attachant. Pour moi toutes les qualités d’un grand roman. J’espère que vous l’aimerez.

Black Manoo

par Gauz

Black Manoo, junkie abidjanais sans papiers, déboule dans le Belleville des années 90 avec deux guides pour traverser les folles soirées afroparisiennes : Lass Kader, son meilleur ami dealer, et Karol, sa belle. Avec eux, on explore les coulisses d’un quartier ahurissant et les stratégies d’un immigré tout juste débarqué à Paris pour s’y enraciner, entre rituels et petits boulots. Le destin de Black Manoo pourrait ressembler à cent mille autres mais ne ressemble à aucun.
Dans ce roman-monde qui fait de chaque lieu, de chaque personnalité, le creuset d’un univers, Gauz réunit les deux veines qui ont fait son succès : l’observation sociale et le destin de personnages aux marges des lois. Au-delà, il invente un style littéraire d’une concision électrique, aussi dense et intense que la plus rageuse des musiques.

April et le dernier ours

par Hannah Gold

Résumé :

Depuis qu’April a perdu sa maman, son père, climatologue, s’est réfugié dans le travail. Alors quand ils partent vivre sur une île déserte du cercle polaire, la fillette espère qu’ils vont enfin passer du temps ensemble. Mais son papa est encore plus occupé qu’avant, et April se sent plus seule que jamais… Jusqu’à ce qu’elle découvre la présence, à l’autre bout de l’île, d’un ours polaire blessé, affamé et égaré, incapable de rejoindre les siens à cause de la fonte de la banquise.
De cette incroyable rencontre naîtra une amitié intense, aussi profonde qu’extraordinaire. Une amitié dont le rayonnement pourrait changer beaucoup de choses… Et même ranimer la flamme qui s’est éteinte dans le cœur du père d’April.

Coup de cœur :

Conte merveilleux et écologique, « April et le dernier ours » est bouleversant d’humanité et de tendresse. Nous y suivons une jeune fille qui tentera tout, même l’impossible,  pour sauver son meilleur ami… Un ours !

Armée de courage de beurre de cacahuètes, elle tentera également d’ouvrir les yeux des adultes sur l’état de la planète.

L’autre Molière

par Eve de Castro

Le pacte secret de deux génies. C’est une histoire où le bien et le mal se donnent la main. On y avance masqué, on y ment par profession, par vice, par nécessité, on y aime, on s’y trahit et on y ressuscite. La nuit du 21 février 1673, une foule en larmes enterre le baladin Molière. Sous son capuchon, le vieux Corneille suit le cortège. Il vient pour Armande, la veuve. Il la désire en secret. Il va lui dire la vérité sur son mari.
Et nous l’apprendre. Molière et Corneille, deux faces d’une même médaille, deux génies liés par un pacte inavouable. Ces monstres sacrés avaient ? ils plusieurs visages ? Que nous cache-t-on depuis trois cents ans ?

La décision

par Karine Tuil

Mai 2016. Dans une aile ultrasécurisée du Palais de justice, la juge Alma Revel doit se prononcer sur le sort d’un jeune homme suspecté d’avoir rejoint l’Etat islamique en Syrie. A ce dilemme professionnel s’en ajoute un autre, plus intime : mariée depuis plus de vingt ans à un écrivain à succès sur le déclin, Alma entretient une liaison avec l’avocat qui représente le mis en examen. Entre raison et déraison, ses choix risquent de bouleverser sa vie et celle du pays…

555

par Hélène Gestern

Hélène Gestern nous entraîne dans le monde de la musique, des clavecinistes, de la lutherie, avec une puissance qui lui appartient. C’est en défaisant la doublure d’un étui à violoncelle que Grégoire Coblence, associé d’un luthier, découvre une partition ancienne.
Après l’avoir fait déchiffrer, il acquiert la certitude qu’elle a été écrite par Domenico Scarlatti, le plus illustre des compositeurs pour clavecin. Mais la partition disparaît. Cinq êtres, dont l’existence est intimement liée à l’oeuvre du musicien, se lancent alors à corps perdu à la recherche du précieux document. lls sont amenés à questionner leur passé, leurs amours, leurs espérances et leurs erreurs. Scarlatti, compositeur génial aux 555 sonates, est le fil conducteur de ce roman.

Coup de cœur : j’attends toujours avec impatience les romans d’Hélène Gestern. Tant de délicatesse dans l’écriture et dans l’expression des sentiments, tant de talent dans l’art de broder une histoire et de nous tenir suspendus à ses fils. Ce dernier roman de déroge pas à la règle et le plaisir de lecture est toujours là. À tous les chanceux qui ne connaissent pas encore son oeuvre et vont la découvrir je recommanderais plus particulièrement « Eux sur la photo », « Portrait d’après blessure » et « L’odeur de la forêt ». Bonne lecture !

Buveurs de vent

par Franck Bouysse

Résumé :
Ils sont quatre, nés au Gour Noir, cette vallée coupée du monde, perdue au milieu des montagnes, quatre, frères et sœur, soudés par un indéfectible lien. Marc d’abord, qui ne cesse de lire en cachette. Matthieu, qui entend penser les arbres. Puis Mabel, à la beauté sauvage. Et Luc, l’enfant tragique, qui sait parler aux grenouilles, aux cerfs et aux oiseaux, et caresse le rêve d’être un jour l’un des leurs.
Tous travaillent, comme leur père, leur grand-père avant eux et la ville entière, pour le propriétaire de la centrale, des carrières et du barrage, Joyce le tyran, l’animal à sang froid…

Coup de cœur :
Franck Bouysse a un talent fou et nous le prouve une nouvelle fois avec ce conte noir et cruel, histoire de lutte, de révolte et d’insoumission. Une vallée d’eau et de verdure, un village pris sous le joug d’un ogre et quatre enfants pour lesquels nous tremblons jusqu’à la dernière page. Quatre personnages sublimes qui illuminent ce texte sombre et magnifique.

Une sortie honorable

par Eric Vuillard

La guerre d’Indochine est l’une des plus longues guerres modernes. Pourtant, dans nos manuels scolaires, elle existe à peine. Avec un sens redoutable de la narration, « Une sortie honorable » raconte comment, par un prodigieux renversement de l’Histoire, deux des premières puissances du monde ont perdu contre un tout petit peuple, les Vietnamiens, et nous plonge au cœur de l’enchevêtrement d’intérêts qui conduira à la débâcle.

Coup de cœur : un style tranchant, où chaque mot est pesé et donne tout son sens. J’aime pardessus tout sa façon de prendre parti et d’user de la littérature comme d’une arme pour nous dire le monde tel qu’il le voit ; et nous dépeindre s’il le fallait encore (mais il le faut hélas), l’ignominie des puissants. Il faut lire et relire Eric Vuillard pour savourer sa prose et découvrir  les trésors cachés de ses phrases.

Tous ses précédents romans sont en poche chez Actes Sud.

Scarlett

par François-Guillaume Lorrain

Publier le roman-fleuve de Margaret Mitchell était déjà une gageure, mais faire d’Autant en emporte le vent un film était pure folie. Des centaines de décors, de costumes et d’acteurs pour un film d’une longueur invraisemblable : un défi qui aurait pu ruiner David O. Selznick, son producteur mégalomane, bien décidé à réussir « le plus grand film de tous les temps » . Par-delà les tractations cocasses, les difficultés d’adaptation et les imprévus en tous genres, une question centrale s’invite au coeur des débats qui agitent les Etats-Unis : qui pour incarner Scarlett ? Trois années à voir défiler un bal d’actrices parmi les plus célèbres comme des milliers d’inconnues qui participent à ce casting homérique.
Trois années où, à l’ombre des paillettes, Hattie McDaniel doit faire accepter à la communauté noire qu’elle préfère jouer le rôle d’une domestique plutôt que d’en être une. Dans ce roman trépidant, François-Guillaume Lorrain fait revivre les affres, les plaisirs et les jours des protagonistes de cette aventure qui marqua l’âge d’or d’Hollywood : le moralement douteux David O. Selznick, la très obstinée Vivien Leigh, le flegmatique Clark Gable, et Hattie McDaniel, la première interprète noire oscarisée pour le rôle qu’on lui reprochait pourtant d’endosser.

Jambes cassées, coeurs brisés

par Maria Ernestam

Lisbeth a 42 ans, une jolie petite maison au bord de la mer, un travail qu’elle adore. Bon, elle est célibataire, ce qui vaut toujours mieux que d’être malheureuse en amour. Mais à l’approche de Noël, tout tourne mal. Sa direction veut réduire ses heures de cours, au profit d’un champion de ski – un homme. Son ancien petit ami surgit sur le pas de la porte, lassé de sa pulpeuse fiancée. Sa soeur veut accoucher à la maison.
La fille de sa meilleure amie a des ennuis avec la police. Cerise sur le gâteau : sa mère veut démarrer les festivités de Noël à 11 heures du matin. Une histoire chaleureuse, drôle et légèrement décalée sur ce que nous attendons de nous-mêmes et des autres.

Mon avis : un peu de légèreté ne fait pas de mal, parfois. Et pour une fois je salue un roman dans ce genre ! (Karine)