Darktown

par Thomas Mullen

Atlanta, 1948. Le département de police de la ville est contraint de recruter ses premiers agents noirs. Parmi eux, les vétérans de guerre Lucius Boggs et Tommy Smith. Mais dans cette Amérique ségrégationniste, un « officier nègre » n’a le droit ni d’arrêter un suspect, ni de conduire une voiture, ni de mettre les pieds dans les locaux de la police blanche. Quand le cadavre d’une toute jeune femme noire est retrouvé sur un dépotoir, Boggs et Smith décident de mener une enquête officieuse, au péril de leur carrière et de leur vie.

Impressionnant de maîtrise et de réalisme, ce polar décrit une société entravée par le racisme et la haine. Sans jamais sacrifier l’intrigue, qui est prenante de bout en bout, l’auteur est aussi au plus près des personnages. Les contraintes sociales qui sont les leurs ne pourront que vous toucher et on oublie pas de sitôt ces deux agents opiniâtres, à la recherche obstinée de l’assassin de Lily.

Dans les geôles de Sibérie

par Yoann Barbereau

C’est son histoire, sidérante, que raconte Yoann Barbereau. Il était directeur de l’Alliance Française à Irkoutsk, menait une vie intéressante et confortable. Mais l’arbitraire et le délire judiciaire Russe s’en mêlent. Au-delà de l’intérêt du témoignage, je dois dire que c’est un récit d’une grande qualité littéraire, comme un bon roman.

« La scène se joue non loin du lac Baïkal, où je vis, où j’aime, où j’ai la chance d’être aimé, à Irkoutsk, capitale de la Sibérie orientale. Des hommes cagoulés surgissent, c’est le matin. Ma fille crie. Elle a cinq ans. Je suis arrêté sous ses yeux, frappé ensuite avec science, interrogé, mais surtout frappé de ce mot ignominieux qu’il m’est pénible d’écrire : pédophilie. Sous les cagoules et dans l’ombre, des hommes veulent ma peau. Ils ont enclenché une mécanique de destruction, grossière et implacable, elle porte un nom, je le connais, le mot a été inventé par le KGB : Kompromat.
Dans les geôles de Sibérie, je tente de comprendre. Dans l’hôpital psychiatrique où je suis plus tard enfermé, je tente de comprendre. On me promet quinze années de camp à régime sévère. L’histoire de mes évasions peut commencer.
Nommer les personnages et les lieux importe peu. Je n’ai rien inventé. C’est un film, et ce n’en est pas un. C’est un roman, et ce n’en est pas un. Ce qui importe, c’est le moment de beauté où la littérature rend la vie plus intéressante que la littérature, ce qu’il faut, c’est l’attraper comme on attrape un poignard. La meute lancée à mes trousses craignait que tout finisse dans un livre. Le voilà. »

Evasion

par Benjamin Whitmer

1968. Le soir du Nouvel An, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, dans le Colorado. Les radios crépitent, lancent l’alerte. Une véritable machine de guerre se met en marche et embrase la petite ville. Habitants et journalistes, gardiens de prison et flics, tous se joignent à la chasse à l’homme. Séparés, les évadés suivent des pistes différentes en pleine nuit et sous un blizzard impitoyable.
Très vite, une onde de violence incontrôlable se propage sur leur chemin.

Bien plus qu’une histoire d’évasion ! Il y a du Pierre Lemaître et du Audiard (père et fils) dans ce roman. Il est noir, serré, acide, et l’écriture est jubilatoire. Avec sa galerie de réprouvés, il sonde les peurs qui gouvernent certaines de nos réactions. Il nous embarque et ne nous lâche plus.

Vis-à-vis

par Peter Swanson

Vous découvrez que votre voisin est un assassin mais personne ne vous croit ! Lui, par contre, sait que vous savez … Effrayant non ? On adore Henrietta, héroïne désemparée mais déterminée, un peu fragile aussi. Vous ne lâcherez pas ce thriller psychologique habile et intéressant de bout en bout.

J’aurais pu devenir millionnaire j’ai choisi d’être vagabond

par Alexis Jenni

C’est une biographie, partielle et enthousiaste, du fascinant John Muir (1838-1914). Il fut l’un des premiers naturalistes modernes, militant de la protection de la nature. Né en Écosse, il est arrivé en Amérique à l’âge de 10 ans. Infatigable marcheur, il a toujours cherché le contact le plus simple et direct avec la nature. Avec une liberté et un dénuement qui semblent inatteignables, il a herborisé, décrit, protégé les vallées sauvages de la Californie où s’élevaient les séquoias géants. C’est un homme tout simplement extraordinaire, au sens premier. Avec lui vous découvrirez la beauté et la nécessaire « sauvagerie » de la création. Alexis Jenni nous donne envie de le lire. John Muir a beaucoup à nous apprendre et si vous voulez une bonne bouffée d’oxygène et de réflexion salutaire je vous conseille ce livre !

Petit traité d’écologie sauvage T3 – Mythopoïèse

par Alessandro Pignocchi

Résumé :
Grâce à une troupe de mésanges punks (qui ont renversé les États), la pensée animiste s’installe progressivement sur l’ensemble de la planète : les plantes et les animaux sont désormais considérés comme des personnes et les chefs n’ont plus de pouvoir. Le cœur brisé de voir la culture occidentale s’éteindre, un anthropologue Jivaro tente vaillamment de sauvegarder les enclaves où se sont réfugiés nos ex-dirigeants politiques.

Coup de cœur :
Après les merveilleux tomes 1 et 2, déjà parus chez Steinkis, Alessandro Pignocchi nous sert un nouvel opus toujours aussi drôle, décalé, déjanté et profond. En passant par l’absurde, il nous offre encore une fois une réflexion brillante et acerbe de notre société capitaliste, consumériste et surtout dangereusement ethnocentrée.
Des mésanges punk, des chefs d’états déchus de leurs fonction et désœuvrés (qui passent leur temps à faire des discours politiques entre eux, au sein de réunions type Alcooliques Anonymes car c’est dur de décrocher du pouvoir ! ) et un Donald Trump sous champi’ qui piste les belettes !
Ah oui ! et les dessins sont sublimes !

À lire aussi les tomes 1 et 2 :

Que tombe le silence

par Christophe Guillaumot

La canicule s’est abattue sur Toulouse mais voyous et policiers sont sur les dents, les règlements de comptes s’accumulent. Retrouvez le très attachant et flamboyant inspecteur Donatelli, dit Le Kanak (voir aussi « Abattez les grands arbres » et « La chance du perdant »). Un excellent polar, rythmé, documenté, aux personnages forts.

Camarade Papa

par Gauz

1880. Dabilly, un jeune Creusois, fuit la France et une carrière toute tracée à l’usine pour tenter l’aventure coloniale en Afrique. Dans une « Côte de l’Ivoire » désertée par l’armée française, quelques dirigeants de maisons de commerce négocient avec les tribus pour faire fructifier les échanges et établir de nouveaux comptoirs. Sur les pas de Dabilly, on découvre une terre presque inexplorée, ses légendes, ses pactes et ses rituels.
Puis, 1980 à Amsterdam, un petit garçon sous influence révolutionnaire parentale réinvente avec ses mots à lui la lutte des classes. Lorsque ceux-ci l’envoient retrouver sa grand-mère et ses racines en Afrique, il croise les traces et les archives de son ancêtre.

Gauz a un talent indéniable pour jouer avec les mots.

Anne-Marie la Beauté

par Yasmina Reza

Anne-Marie était comédienne au théâtre. Elle se confie à une journaliste imaginaire et évoque son passé. La troupe, les coulisses, les rôles, ce dont on rêvait et ce qui est advenu. La gouaille d’un titi parisien mâtinée de nostalgie.
C’est aussi un hymne aux obscurs qui ont cru en leur étoile, aux oubliés qui ont brillé pour quelques-uns.
Un régal de lecture, fluide et poétique.

Yasmina Reza a mis en scène son texte et a confié le rôle à un homme : l’acteur André Marcon.
J’aurais tant aimé voir ce spectacle …

La double vie d’Anna Song

par Minh Tran Huy

Anna Song la « plus grande pianiste vivante dont personne n’a jamais entendu parler » laisse derrière elle une œuvre sans précédent. Mais le scandale gronde … la passion et l’admiration ont-elles dévoyé la vérité ?
Que de beautés dans ce texte ! L’amour de deux êtres, épris de musique. C’est aussi le retour au pays d’origine, le Vietnam, et la tragédie du renoncement. Magnifiquement écrit.