La Colère

par S. A. Cosby

Ike Randolph est noir. Buddy Lee Jenkins est blanc. En Virginie-Occidentale, cela revient à dire que tout les oppose. Ils ont pourtant été tous les deux pareillement lamentables en dénigrant avec la même violence l’homosexualité de leurs fils, maintenant mariés l’un à l’autre. Alors, quand ces fils, Isiah et Derek sont assassinés, la douleur a un goût de culpabilité. Qui a tôt fait de se transformer en colère, une colère viscérale, qui réclame un exutoire.

Coup de cœur : quel talent possède Shawn A. Cosby ! Déjà éblouie par « Le sang des innocents » je me régale à nouveau avec ce texte. Tout est jouissif dans son écriture : le rythme, les dialogues, l’humour, l’incarnation des personnages (formidables d’humanité et de justesse). Il sait parfaitement vous tenir en haleine et parallèlement dresser un portrait sans concession et engagé de l’Amérique. Le tout est génialement imbriqué. C’est Pierre Lemaître aux USA ! Je recommande : un grand auteur est né.

Seule en sa demeure

par Cécile Coulon

Un thriller sur l’amour et le désir. Aimée est mariée à Candre Marchère, riche propriétaire et homme de foi. Mais tandis qu’elle tente d’apprendre à être une femme et une épouse, le doute en elle s’insinue. Cette demeure semble renfermer des secrets. Son époux est-il vraiment honnête avec elle? Qu’est-il vraiment arrivé à sa première femme ? Le malaise monte dans cette demeure où elle se sent enfermée.

Coup de cœur : d’une plume fine et musicale, l’autrice réinvente le conte gothique. Au cœur d’une forêt sombre et étouffante, entre les murs d’un manoir inquiétant, Cécile Coulon dénoue l’écheveau des secrets enfouis de la famille Marchère.
Une autrice phare, un roman envoutant !

Le sang des innocents

par S. A. Cosby

Le Sud n’a pas changé. Ce constat, Titus Crown y est confronté au quotidien. Ancien agent du FBI, il est le premier shérif noir à avoir été élu à Charon County, la terre de son enfance. Mais si l’élection de Titus a fait la fierté de son père, elle a surtout provoqué la colère des Blancs, qui ne supportent pas de le voir endosser l’uniforme, et la défiance des Noirs, qui le croient à la solde de l’oppresseur.
Bravant les critiques, Titus tente de faire régner la loi dans un comté rural frappé par la crise des opioïdes et les tensions raciales. Jusqu’au jour où Lattrel, un jeune Noir, tire sur M. Spearman, le prof préféré du lycée, avant de se faire abattre par la police. Fanatisme terroriste, crient les uns. Énième bavure policière, ripostent les autres. A mesure que les dissensions s’exacerbent, Titus est lancé dans une course contre la montre pour découvrir la vérité.

Coup de cœur : très gros coup de cœur pour ce polar génial ! Une intrigue passionnante, sur un fonds social incandescent, des personnages très bien campés. Vous n’êtes pas prêt d’oublier Titus Crown, shérif intègre et torturé, qui est le passeur idéal de l’identité et de l’histoire d’une région. Histoire qui se règle encore à coup de sermons et de menaces mais l’auteur nous fournit quelques armes pour répondre aux nostalgiques du Sud esclavagiste.

Zizi Cabane

par Bérengère Cournut

Résumé :
Odile a disparu, laissant derrière elle son mari Ferment et leurs trois enfants. Privés de la présence maternelle, Béguin, Chiffon et la jeune Zizi Cabane doivent trouver un nouvel équilibre. Mais rien ne se passe comme prévu dans la maison. Une source apparaît dans le sous-sol, et veut absolument rejoindre le ruisseau du jardin. Un drôle de vent rôde. Et tandis que tante Jeanne essaie de ramener un peu de raison là dedans, Marcel Tremble, faux grand-père surgi de nulle part, accompagne avec tendresse la folie de ces êtres abandonnés.
Que vont devenir les chagrins ? Sur quelles pentes vont-ils désormais rouler ?

Coup de cœur :
Bérengère Cournut réussit une nouvelle fois l’invraisemblable : mêler la poésie à la prose pour dire en souriant la douleur et associer le quotidien aux rêves.
Merveilleux roman aux accents onirique, Zizi cabane est une ode à l’enfance, à la nature et à la liberté. Une lecture fabuleuse !

La langue des choses cachées

par Cécile Coulon

Résumé :
À la tombée du jour, un jeune guérisseur se rend dans un village reculé. Sa mère lui a toujours dit : « Ne laisse jamais de traces de ton passage. » Il obéit toujours à sa mère.
Sauf cette nuit-là.

Coup de cœur :
Dans un village reculé qui porte un nom de gouffre, un guérisseur étranger qui, à la place de la mère devenue trop vieille, vient soigner un enfant malade. Il va se retrouver plongé au sein des secrets sordides, nés de la violence des hommes, qui hantent les familles du Fond du puits.
Un conte bref, sombre et puissant. Une histoire fiévreuse de transmission et de transgression écrite dans une langue faite de poésie et de beauté furieuse.

L’homme peuplé

par Franck Bouysse

Résumé :
Harry, romancier en panne d’inspiration, achète sur un coup de tête une ferme à l’écart d’un village perdu. C’est l’hiver. La neige et le silence recouvrent tout. Les conditions semblent idéales pour se remettre au travail. Mais Harry se sent vite épié, en proie à un malaise devant les événements étranges qui se produisent. Et si l’inspiration n’était qu’une manière d’accueillir les fantômes ? Un suspense métaphysique somptueusement orchestré où les fatalités familiales rencontrent les chimères d’un grand écrivain.

Coup de cœur :
Roman polyphonique où se mêlent le passé et le présent, les fantômes et les vivants. Un roman bercé de froid, de silence et de solitude, ciselé par l’écriture  profonde et onirique de l’auteur.

Trois femmes dans la vie de Vincent van Gogh

par Mika Biermann

Sur Vincent Van Gogh, tout a été dit. Que rajouter encore ? Peut-être ces trois moments, trois rencontres de trois femmes en trois épisodes décisifs de la vie du peintre : l’enfance, l’âge mûr, le dernier jour – une balle dans le ventre.

Mika Biermann sublime son écriture pour offrir ici un tableau en peinture fraîche de ces instants volés, peut-être fondateurs, peut-être pas. Dans tous les cas un bijou, un bonheur de lecture, une médiation en actes sur l’art et ses tromperies magnifiques.

Coup de cœur : une écriture enchanteresse, trois portraits sublimes, un régal de lecture. Malgré tout c’est trop court ! Après le vibrant « Trois jours dans la vie de Paul Cézanne », qui fut un coup de cœur également, je vous invite à lire à nouveau Mika Biermann.

Délivrez-nous du bien

par Joan Samson

A Harlowe, paisible communauté rurale du New Hampshire située à quelques heures de boston, la vie suit son cours : les gens travaillent la terre, coupent du bois et achètent ce qu’ils ne peuvent produire. John Moore et les siens vivent un peu à l’écart, et, à leur façon simple et rude, ils sont heureux. Jusqu’au jour où un homme sorti de nulle part – mais qui a bourlingué partout -, un commissaire-priseur au charme diabolique, s’allie au shérif pour organiser des enchères publiques afin de renflouer les caisses de la police locale et pouvoir mieux protéger la commune de la violence rampante des grandes villes.
Les habitants sont habilement amenés à donner ce dont ils ne veulent plus, à se séparer de ce qui les encombre, à vider – encore et encore – leur grenier pour la bonne cause. Mais jusqu’à quand ? Roman sur les rouages infernaux de la dépossession des plus pauvres et des menaces des forces de l’ordre, cette fiction de Joan Samson (1937-1976), à mi-chemin entre le thriller, le nature writing et le grand roman américain, est un conte sensible et terrifiant sur la perte d’identité et le vol des âmes, l’effondrement de la morale face à la loi des marchés et la peur de ceux qui ne possèdent rien ou très peu, qui les conduisent à une forme déroutante de soumission.
Et, ultimement, elle pose l’essentielle mais angoissante question : jusqu’où, exactement, peut-on céder ?

14

par Jean Echenoz

Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d’entre eux. Reste à savoir s’ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.

Coup de cœur : la brièveté de ce roman n’a d’égale que sa virtuosité. Implacable, captivant, mais aussi intrigant. Découvrez ou redécouvrez ce roman enfin sorti en format poche.

Le mage du Kremlin

par Giuliano Da Empoli

Résumé :
On l’appelait le « mage du Kremlin ». L’énigmatique Vadim Baranov fut une des éminences grises de Poutine, dit le Tsar. Après sa démission du poste de conseiller politique, les légendes sur son compte se multiplient, sans que nul puisse démêler le faux du vrai. Jusqu’à ce que, une nuit, il confie son histoire au narrateur de ce livre…
Ce récit nous plonge au cœur du pouvoir, où courtisans et oligarques se livrent une guerre de tous les instants.  Mais Vadim n’est pas un ambitieux comme les autres : entraîné dans les arcanes de plus en plus sombres du système qu’il a contribué à construire, ce poète égaré parmi les loups fera tout pour s’en sortir.
De la guerre en Tchétchénie à la crise ukrainienne, en passant par les Jeux olympiques de Sotchi, Le mage du Kremlin est le grand roman de la Russie contemporaine.

Coup de cœur :
Passionnant de bout en bout, ce roman précis, à l’élégante écriture, n’est pas que le dévoilement des dessous  de l’ère Poutine, il propose aussi une sublime méditation sur le pouvoir, sur notre consentement au pouvoir et sur l’avenir – commun ? – de l’Occident et de la Russie. C’est encore le portrait d’un homme complexe, intelligent et émouvant.