Coups de cœur du rayon Littérature

française et étrangère

Histoire du fils

par Marie-Hélène Lafon

Le fils, c’est André. La mère, c’est Gabrielle. Le père est inconnu. André est élevé par Hélène, la soeur de Gabrielle, et son mari. Il grandit au milieu de ses cousines. Chaque été, il retrouve Gabrielle qui vient passer ses vacances en famille. Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, Histoire du fils sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.

Tout le talent de Marie-Hélène Lafon pour transcender une belle histoire « toute simple ». Conteuse hors pair, elle excelle à décrire les êtres et les lieux, ce qui caché aussi. On s’accroche à ses mots, un régal de lecture.

Des vies à découvert

par Barbara Kingsolver

Au 19ème siècle puis au 21ème siècle, dans une même maison (qui est une ruine au bord de l’écroulement), un homme et une femme sont en butte aux préjugés de leur époque et aux difficultés inattendues que la vie peut réserver. Chacun à sa façon, Willa et Thatcher s’emparent du monde nouveau, tel qu’il est.

Avec toute l’ironie subtile qui la caractérise, Barbara Kingsolver dresse un portrait du pays saisissant de vérité : l’Amérique des « winners » est un mirage … Très romanesque et d’une grande finesse psychologique.

L’autre Rimbaud

par David Le Bailly

La photo est célèbre. C’est un premier communiant, cheveux sagement ramenés sur le côté, regard qui défie l’objectif. Il s’appelle Arthur Rimbaud. Mais sur le cliché d’origine posait aussi son frère aîné, Frédéric. Cet autre Rimbaud a été volontairement supprimé de l’image, comme il fut oublié par la plupart des biographes. Pourtant, les deux frères furent d’abord fusionnels, compagnons d’ennui dans leurs Ardennes natales.
Puis leurs chemins se séparèrent. L’un a été élevé au rang de génie, tandis que l’autre, conducteur de calèche, fut banni par sa famille.

En quoi était-il si gênant ce frère ? Pourquoi sa famille s’est acharnée à le faire disparaître de l’histoire ? L’auteur cherche les rares traces de sa vie et reconstitue  avec empathie le parcours de cet homme. C’est un roman touchant et sensible.

Retour à Martha’s Vineyard

par Richard Russo

Été 1971 : Teddy, Lincoln et Mickey, étudiants boursiers dans une fac de la côte Est, diplôme en poche, passent un dernier week-end ensemble à Martha’s Vineyard, dans la maison de vacances de Lincoln, en compagnie de Jacy, la quatrième mousquetaire, l’amie dont ils sont tous les trois fous amoureux.
Septembre 2015. Lincoln s’apprête à vendre la maison, et les trois amis se retrouvent à nouveau sur l’île. A bord du ferry déjà, les souvenirs affluent dans la mémoire de Lincoln, le « beau gosse » devenu agent immobilier et père de famille, dans celle de Teddy, éditeur universitaire toujours en proie à ses crises d’angoisse, et dans celle de Mickey, la forte tête, rockeur invétéré qui débarque sur sa Harley.
Parmi ces souvenirs, celui de Jacy, mystérieusement disparue après leur week-end de 1971. Qu’est-il advenu d’elle ? Qui était-elle réellement ? Lequel d’entre eux avait sa préférence ? Les trois sexagénaires rouvrent l’enquête qui n’avait pas abouti et ne peuvent s’empêcher de se demander si tout n’était pas joué d’avance.

Coup de cœur : j’adore retrouver Richard Russo et je ne suis jamais déçue. Sa prose limpide, ses personnages attachants, un peu paumés et pleins d’autodérision, sa nostalgie à peine teintée d’ironie. Et quel humour ! À la croisée de John Irving et de Jean-Paul Dubois. Comme ce dernier il a le don de décrire des moment tristes avec une élégance et un humour irrésistibles.

Héritage

par Miguel Bonnefoy

La maison de la rue Santo Domingo à Santiago du Chili, cachée derrière ses trois citronniers, a accueilli plusieurs générations de la famille des Lonsonier. Arrivé des coteaux du Jura avec un pied de vigne dans une poche et quelques francs dans l’autre, le patriarche y a pris racine à la fin du XIXe siècle. Son fils Lazare, de retour de l’enfer des tranchées, l’habitera avec son épouse Thérèse, et construira dans leur jardin la plus belle des volières andines.
C’est là que naîtront les rêves d’envol de leur fille Margot, pionnière de l’aviation. Dans cette fresque éblouissante qui se déploie des deux côtés de l’Atlantique, Miguel Bonnefoy brosse le portrait d’une lignée de déracinés, dont les terribles dilemmes, habités par les blessures de la grande Histoire, révèlent la profonde humanité.

Troisième roman, et troisième coup de de cœur notre part ! À nouveau,  Miguel Bonnefoy, conteur charmant et prolixe nous séduit par sa prose enchantée. Il a l’art de camper un décor en quelques mots précieux et choisis et de nous immerger dans ces terres Sud américaines qu’il affectionne.  Laissez-vous embarquer …

Nous vous recommandons également, disponibles en poche : « Le voyage d’Octavio » et « Sucre noir ».

Tenir jusqu’à l’aube

par Carole Fives

Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. A quelques mètres de l’appartement d’abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d’un semblant de légèreté.
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore ?

Coup de cœur :
Avec une grande justesse et beaucoup de sensibilité, Carole Fives nous raconte un huis clos familial, âpre et fragile. Sans emphase, son écriture affûtée installe une tension maîtrisée, tire sur la corde et tisse un beau roman social et féministe.
Une autrice à découvrir.

A la ligne – Feuillets d’usine

par Joseph Ponthus

« Au fil des heures et des jours le besoin d’écrire s’incruste tenace comme une arête dans la gorge. Non le glauque de l’usine. Mais sa paradoxale beauté ». Ouvrier intérimaire après des études et un début de carrière d’éducateur, Joseph embauche jour après jour dans les usines de poissons et les abattoirs bretons. Le bruit, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps s’accumulent inéluctablement comme le travail à la ligne.
Ce qui le sauve, ce sont l’amour et les souvenirs de son autre vie, baignée de culture et de littérature.

Par la magie d’une écriture déliée de toute contrainte, coléreuse, fraternelle, sans oublier l’humour, l’existence ouvrière devient alors une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœuf et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Né d’aucune femme

par Franck Bouysse

Résumé :
« Mon père, on va bientôt vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. – Et alors, qu’y a-t-il d’extraordinaire à cela ? demandai-je. – Sous sa robe, c’est là que je les ai cachés. – De quoi parlez-vous ? – Les cahiers… Ceux de Rose. » Ainsi sortent de l’ombre les cahiers de Rose, ceux dans lesquels elle a raconté son histoire, cherchant à briser le secret dont on voulait couvrir son destin.
Franck Bouysse, lauréat de plus de dix prix littéraires, nous offre avec Né d’aucune femme la plus vibrante de ses oeuvres. Avec ce roman sensible et poignant, il confirme son immense talent à conter les failles et les grandeurs de l’âme humaine.

Coup de cœur :
Un roman noir, beau et cruel ; un conte âpre et déchirant qui fouille l’âme humaine pour en extraire toute la bassesse, mais aussi toute la beauté et la grâce.  Découvrez Rose, une jeune héroïne magnifique, lumineuse et follement résiliente. Par son histoire elle nous offre une ode à la force des mots. Ce texte est profondément romanesque, envoutant et sublimement construit. Franck Bouysse est un styliste rare !

Ceux que je suis

par Olivier Dorchamps

Cette nuit, Papa est mort. Des années, il a trimé. Sans vacances. Sans dimanches. Il n’avait pas soixante ans. Mais pourquoi donc Tarek, garagiste à Clichy depuis longtemps exilé en France, tenait-il à être enterré là-bas… à Casablanca ? Un pays, des racines, dont il n’a jamais ou très peu parlé à ses fils. Prof d’histoire-géo, parfaitement intégré, Marwan ne comprend pas. C’est pourtant lui qu’on a choisi pour accompagner le cercueil au bled.
Double-culture, non-dits et secrets de famille : c’est tout un pan de sa propre histoire que Marwan s’apprête à découvrir, sous les orangers. Et c’est à lui que sa grand-mère, dernier lien avec ce pays qu’il connaît mal, racontera toute l’histoire. L’incroyable histoire.

« Le Maroc, c’est un pays dont j’ai hérité un prénom que je passe ma vie à épeler et un bronzage permanent qui supporte mal l’hiver à Paris, surtout quand il s’agissait de trouver un petit boulot pour payer mes études ».

« Ceux que je suis » est un roman d’une délicatesse et d’une justesse étonnants. Une écriture fluide au service d’une très belle histoire.

Autant en emporte le vent – Tome 2

par Margaret Mitchell

Nouvelle traduction !

1861, Géorgie. A tout juste seize ans, Scarlett O’Hara a devant elle l’avenir radieux d’une riche héritière de Tara, une importante plantation de coton. Mais la guerre civile est sur le point de plonger dans le chaos le pays tout entier, et Scarlett a le cœur brisé : Ashley Wilkes vient d’en épouser une autre. Pour fuir son chagrin, elle va s’installer à Atlanta, impatiente de goûter à l’énergie d’une grande ville.
Là, un certain Rhett Butler, à la réputation douteuse de contrebandier, commence à s’intéresser à Scarlett, attiré par son caractère rebelle. Un duel de séduction s’engage alors, et ils vivront ensemble les pires heures du siège d’Atlanta.

Oubliez le film et lisez le livre ! Il est d’une richesse narrative et descriptive incroyable. Margaret Mitchell c’est Balzac et Dumas réunis. La « comédie humaine » des planteurs esclavagistes à la veille de la guerre de sécession est passionnante. Oui c’est une société raciste et esclavagiste qu’elle décrit et Scarlett est un personnage assez insupportable. Aucune description n’est de trop, toujours au service de l’histoire et de la contextualisation de cette société dont on découvre avec effarement les rites et les codes. Bref, c’est un chef d’œuvre.