Coups de cœur du rayon Littérature

française et étrangère

De pierre et d’os

par Bérengère Cournut

Une nuit, la banquise se fracture et sépare une jeune femme de sa famille. Ugsuralik, 14 ans à peine, se retrouve livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Si elle veut survivre, elle doit avancer à la rencontre d’autres groupes humains. Sur la banquise on ne peut pas survivre seul. Commence alors, dans des conditions extrêmes, une errance au sein de l’espace arctique, peuplé d’hommes, d’animaux et d’esprits.

C’est une plongée tout en poésie dans le quotidien des inuits, à travers le destin d’une jeune fille. Douceur et spiritualité sont les maîtres mots de ce superbe roman.

C’est l’occasion de vous rappeler que l’auteure a écrit un premier roman tout aussi beau : « Née contente à Oraibi ». Il se passe chez les Hopi, tribus indiennes qui vivent toujours dans le désert de l’Arizona

Il est à toi ce beau pays

par Jennifer D. Richard

A qui est-il, ce beau et immense pays qu’est le Congo ? Aux Livingstone, Stanley, Brazza qui l’explorèrent et s’y perdirent  ? Aux Léopold, Victoria ou Jules Ferry, chefs d’Etats aux appétits voraces – grands saigneurs, esclavagistes, pilleurs et fossoyeurs de tout un continent au nom de la  » civilisation  » ? Aux descendants des Africains déportés aux Etats-Unis et devenus citoyens américains ? À tous, sans doute, sauf à Ota Benga, pygmée et bête de foire, arraché à sa forêt natale et emporté par-delà l’océan.
Ce beau pays qu’on dépèce, entre deux siècles sanglants, c’est le sien, pourtant. Ce roman fort et foisonnant le lui rend. Une fresque bouleversante sur trois continents.

Victor Hugo vient de mourir

par Judith Perrignon

Vibrez de la ferveur et de la fureur de Paris, vivez les funérailles de l’Immortel. Le poète vient de rendre son dernier souffle et, déjà, la nouvelle court les rues, entre dans les boutiques, les ateliers, les bureaux. Paris est pris de fièvre. Chacun veut rendre un dernier hommage et participer aux obsèques nationales qui mèneront l’Immortel au Panthéon. Deux millions de personnes se presseront sur le parcours du corbillard en ce jour de funérailles intense et inoubliable.
D’un événement historique et en tout point exceptionnel naît un texte intime et épique où tout est vrai, tout est roman. Cet ouvrage a reçu le prix Révélation de la SGDL et le prix Tour Montparnasse.

L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines

par Luis Sepulveda

Difficile de faire la révolution quand certains ne pensent qu’à leurs rendez-vous amoureux ! Ou encore d’improviser un braquage quand l’un des militants profite du public captif pour pousser la chansonnette. Pour les très jeunes militants communistes ou socialistes du Chili des années 1960, les jambes des filles offrent la plus belle des diversions et le Petit Livre Rouge le meilleur des papiers à rouler.
Pourtant, si fin 1970 Salvador Allende arrive au pouvoir, c’est un peu grâce à ces héros, inexpérimentés mais ardents. Ces portraits tendres sont autant de témoignages, souvent rocambolesques, et parfois tristes, d’une jeunesse en lutte contre la droite, l’armée et la CIA.

12 nouvelles empreintes d’humanité, de nostalgie et de drôlerie. Tout le talent de Luis Sepulveda en un hommage aux femmes et hommes qui ont lutté pour la liberté.

L’odeur de la forêt

par Hélène Gestern

Soudain, il prit conscience qu’au parfum de cristaux d’eau et de gel s’était mêlé autre chose. Une fragrance lointaine, subtile, assourdie par le froid, qu’il lui fallut quelques secondes pour identifier tant il avait perdu jusqu’à la mémoire de ce qui faisait la vie : l’odeur de la forêt. Une correspondance incomplète, des clichés clandestins, un journal codé, voilà les premières cartes du jeu de patience que va mener Elisabeth Bathori, historienne de la photographie, et qui l’emmènera bien plus loin qu’elle ne le pensait.
L’Odeur de la forêt est une traversée de la perte, à la recherche des histoires de disparus, avalés par la guerre – la Première puis la Seconde Guerre mondiale -, le temps et le silence. Mais ce roman ample, prolifique, multiple, célèbre la force inattendue de l’amour et de la mémoire, lorsqu’il s’agit d’éclairer le devenir de leurs traces : celles qui éclairent, mais aussi dévorent les vivants.

Du grand art ! Qu’il soit épistolaire ou photographique. Hélène Gestern poursuit avec le grand talent qui est le sien son oeuvre autour de ses thèmes de prédilection : les origines familiales, l’image, les échanges épistolaires, les portraits de femmes.

Vous pouvez la découvrir avec son premier roman « Eux sur la photo », qui commence par un échange de lettres dont la teneur est d’une exquise délicatesse et qui donnent une envie folle de recevoir des lettres ainsi écrites.

Tristesse de la terre – Une histoire de Buffalo Bill Cody

par Eric Vuillard

« Le spectacle est l’origine du monde. » Créé en 1883, le Wild West Show de Buffalo Bill proposait d’assister en direct aux derniers instants de la conquête de l’Ouest : au milieu de cavaliers, de fusillades et d’attaques de diligences, des indiens rescapés des massacres y jouaient le récit de leurs propres malheurs. L’illusion était parfaite. Par la force de la répétition et le charme de la féerie, le Wild West Show imposa au monde sa version falsifiée de l’Histoire américaine.
D’une écriture acérée et inventive, Eric Vuillard ressuscite les personnages de ce drame et livre une autre version de la fable, dans les replis de sa naissance. Avec les armes de la littérature, Tristesse de la terre noue ensemble les fils de deux histoires, celle des derniers massacres d’Indiens et celle de leur mise en scène par le grand spectacle, en une évocation saisissante.

Incisif, engagé aux côtés des indiens et des bisons, ce roman ne laisse pas indifférent.

Tous les textes d’Eric Vuillard sont ainsi : ancrés dans l’histoire. C’est un auteur qui prend parti et qui nous donne à voir le revers de la médaille. Pas un mot de trop, le style est au service de l’histoire. Lisez-les tous !

L’archipel d’une autre vie

par Andreï Makine

Aux confins de l’Extrême-Orient russe, dans le souffle du Pacifique, s’étendent des terres qui paraissent échapper à l’Histoire… Qui est donc ce criminel aux multiples visages que Pavel Gartsev et ses compagnons doivent capturer à travers l’immensité de la taïga ? Lorsque Pavel connaîtra la véritable identité du fugitif, sa vie en sera bouleversée.

Une époustouflante poursuite dans la Taïga. Des soldats brisés par le régime Stalinien sont contraints à un retour à la nature brutal lorsqu’on leur ordonne de ramener le fugitif. Pour l’un deux c’est une vie qui bascule vers la lumière. Magnifique.

Sucre noir

par Miguel Bonnefoy

Un roman envoûtant et sensuel. Le tableau émouvant d’un pays dont les richesses sont autant de mirages et de maléfices. Dans un village des Caraïbes, la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero. A la recherche du butin du capitaine Henry Morgan, dont le navire aurait échoué dans les environs trois cents ans plus tôt, les explorateurs se succèdent. Tous, dont l’ambitieux Severo Bracamonte, vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons.

Dépaysement total avec ce très beau deuxième roman de Miguel Bonnefoy. Son art de la description est formidable. Les personnages sont flamboyants et l’histoire d’un romanesque échevelé. Partez loin … et revenez pour nous dire si vous avez aimé comme nous !

Le voyage d’Octavio

par Miguel Bonnefoy

Une grande fable baroque sur le Venezuela, onirique et picaresque, autour de la figure d’un paysan analphabète qui se réapproprie sa propre histoire : le premier roman de Miguel Bonnefoy, lauréat en 2013 du Prix du Jeune Écrivain de langue française.

Le voyage initiatique d’un homme sage, mais qui ne sait pas lire. Comment il apprendra la lecture grâce à une femme remarquable, quel sera son périple et son retour au village natal.

Délicat, poétique, ce texte fascine par sa connexion avec un pays.

Tribulations d’un précaire

par Iain Levison

Avant de devenir écrivain à temps complet, Iain Levison a enchaîné les petits boulots. Quarante-deux sur les 10 dernières années : déménageur, livreur de fuel, poissonnier, découpeur de poisson en Alaska ou encore routier.
Férocement drôle (livreur de fuel, un métier aux rencontres improbables), d’un réalisme implacable (la description des conserveries de pèche en Alaska), désenchanté (pour ne pas dire désespéré), ce récit-témoignage est une description sans concession de la société américaine, basée sur une précarité du travail qui est la forme actuelle de l’esclavage.
Vous apprécierez également les polars de Iain Levison, qui sont empreints de cette description drôle et révoltée des laissés pour compte de la grande Amérique.